L’Algérie et les États-Unis réaffirment leur volonté de consolider leur coopération militaire à travers une nouvelle étape de dialogue stratégique en misant sur un partenariat technique axé sur le renseignement et la stabilité régionale.
Le général d’armée Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, a qualifié, lors de l’audience qu’il a accordée au général d’armée Dagvin Anderson, commandant du Commandement militaire américain pour l’Afrique (US Africom), cette visite en Algérie de nouveau maillon dans le renforcement du processus de coopération bilatérale.
Après avoir souhaité la bienvenue au commandant de l’Africom pour sa première visite en Algérie depuis sa nomination, le ministre délégué auprès du ministère de la Défense nationale a affirmé que celle-ci «s’inscrit, sans nul doute, comme un nouveau maillon dans le renforcement du processus de coopération bilatérale, particulièrement après la signature, en janvier 2025, du mémorandum d’entente dans le domaine de la coopération militaire».
Volonté de renforcer le dialogue stratégique
Poursuivant, Saïd Chanegriha a mis en avant la volonté des deux pays d’œuvrer à
«l’approfondissement de notre dialogue stratégique», afin de «promouvoir notre coopération militaire à travers, notamment, la concrétisation de ce mémorandum d’entente dans toutes ses dimensions et objectifs, de manière à asseoir les bases d’une coopération forte et durable, fondée sur le respect mutuel et au service des intérêts des deux pays».
Dans le même contexte, le chef d’état-major de l’ANP a mis en avant le rôle de l’Algérie à l’échelle continentale, en soulignant que «l’Algérie, agissant sur mandat de l’Union africaine, œuvre au renforcement des mécanismes de l’initiative panafricaine commune, visant à fédérer les efforts pour l’éradication du phénomène du terrorisme et de l’extrémisme violent, dans tous ses aspects».
Pour étayer ses propos, Saïd Chanegriha a rappelé qu’«à la faveur de ce rôle actif et dynamique, l’Algérie a pu lancer de nombreuses initiatives au niveau du continent, en adoptant une approche sécuritaire multidimensionnelle de lutte contre le terrorisme, qui repose principalement sur l’activation d’un fonds financier africain dédié à cet objectif, l’établissement d’une liste africaine des personnes et des entités impliquées dans des activités criminelles, et l’élaboration d’un mandat d’arrêt africain».
Par ailleurs, le chef d’état-major de l’ANP a également fait mention des «rapports annuels présentés par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en sa qualité de coordinateur de l’Union africaine pour la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent», lesquels reflètent l’engagement de l’Algérie à soutenir les efforts continentaux dans ce domaine.
Une coopération encadrée
De son côté, le général d’armée Dagvin Anderson a exprimé sa satisfaction de visiter l’Algérie et son souhait constant de renforcer les relations de coopération militaire. Il s’est également félicité du niveau de coordination multidimensionnelle entre les deux parties et de la contribution de l’ANP à l’instauration de la sécurité et de la paix dans la région.
Notons que cette rencontre s’inscrit dans un contexte régional et international assez stratégique pour plusieurs raisons. En effet, l’Algérie occupe une position clé en Afrique du Nord et dans la région sahélo-saharienne. Un pays frontalier de zones où des groupes armés et des réseaux terroristes ont été actifs (Mali, Niger, Libye). Une situation que l’Africomsuit justement de près pour des raisons de lutte contre le terrorisme et de stabilité régionale.
De ce fait, l’Algérie, en raison de son rôle actif et dynamique, est considérée comme un acteur central dans les questions de sécurité régionale. Cependant, la coopération sécuritaire algéro-amériacine reste mesurée et encadrée.
De ce fait, cette visite de haut niveau est beaucoup plus axée sur une coordination technique et sécuritaire. En effet, avec le retrait ou la réduction de certaines présences occidentales dans la région (notamment après les changements politiques au Mali, au Niger et au Burkina Faso), les États-Unis cherchent à maintenir des canaux de coopération avec des pays stables et influents comme l’Algérie.
Le sécuritaire et le renseignement
A cet égard, la coopération entre l’ANP et l’Africom ne se traduit pas par une présence militaire américaine en Algérie ni par des opérations conjointes sur le terrain, mais agit plutôt sur des volets «discrets» mais utiles sur le plan sécuritaire, notamment l’échange de renseignements, le suivi des trafics transfrontaliers (armes, drogue) et l’analyse des mouvements de narcotrafiquants et des groupes terroristes. L’objectif est la compréhension conjointe des menaces, outre des échanges d’expertise en cybersécurité ou surveillance, et
des ateliers sur la lutte contre le terrorisme. Cette coopération devrait, également, permettre un échange d’expérience sur la surveillance en Méditerranée, la lutte contre les trafics en mer et la sécurisation des routes commerciales. En définitive, cette coopération sert surtout à mieux échanger de l’information, coordonner les analyses de sécurité et renforcer les capacités techniques, surtout dans un contexte sahélo-saharien instable.
Smail Rouha
