Portée par un bilan chiffré conséquent et une approche renouvelée intégrant les dimensions psychologiques et sociales, l’Algérie affiche sa volonté de faire de la santé au travail un axe structurant de son développement.
Avec plus de 269 000 interventions de contrôle enregistrées, les autorités dressent un bilan particulièrement dense de l’action menée en matière de sécurité et de santé au travail.
Ce chiffre, selon le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Abdelhak Saihi, qui s’exprimait, hier, lors de la cérémonie de célébration de la 22ᵉ édition de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, tenue à Alger, qu’il a coprésidée avec le ministre de la Santé, Seddik Aït- Messaoudène, traduit «une volonté affirmée de faire de la prévention un pilier central du monde du travail», dans un contexte marqué par la montée des risques professionnels et l’évolution des conditions de travail.
Le ministre a insisté sur le fait que cette présence accrue sur le terrain ne relève pas uniquement du contrôle, mais d’une logique globale d’accompagnement des entreprises. L’objectif affiché est d’installer durablement une culture de prévention et de responsabilité partagée entre employeurs et travailleurs.
Il a précisé que le choix du thème de cette année, «Veillons à garantir un environnement de travail sain sur le plan psychologique et social», reflète «un changement qualitatif dans l’approche des risques professionnels», en mettant en lumière «les dimensions psychologiques et sociales des pressions professionnelles et leur impact direct sur la santé, la performance et la stabilité du travailleur».
Le ministre a insisté sur la nécessité de mieux prendre en charge les risques psychosociaux, notamment le stress, la pression hiérarchique et les déséquilibres organisationnels, qu’il considère, désormais, comme des enjeux majeurs de santé au travail.
Accidents de travail : plus de 5 000 enquêtes menées
Dans le détail, plus de 269 000 interventions de contrôle et près de 5 000 enquêtes sur les accidents de travail et les maladies professionnelles ont été menées. Abdelhak Saihi a expliqué que ces investigations permettent de «comprendre les défaillances, corriger les pratiques et renforcer les mécanismes de prévention», afin d’éviter la répétition des mêmes situations.
A cela s’ajoutent plus de 135 000 recommandations techniques adressées aux entreprises. Pour le ministre, il s’agit d’un dispositif d’amélioration continue, basé sur l’accompagnement plutôt que la sanction systématique. Il a rappelé que «la sécurité au travail ne peut être efficace sans l’implication réelle de tous les acteurs économiques». Dans cette optique, les actions de formation et de sensibilisation ont été renforcées. Plus de 24 000 travailleurs, cadres et stagiaires ont bénéficié de programmes spécifiques.
Le ministre a souligné que «la formation reste un levier essentiel pour ancrer les bonnes pratiques et réduire les risques à la source». En parallèle, près de 87 000 examens médicaux préventifs ont été réalisés dans le cadre de la médecine du travail.
Sur ce point, le ministre de la Santé, Mohamed Seddik Aït-Messaoudène, a rappelé, dans son intervention, que la médecine du travail constitue désormais «un pilier stratégique de la prévention sanitaire», notamment pour la détection précoce des maladies professionnelles et chroniques. Il a également mis l’accent sur l’importance du suivi médical régulier des travailleurs exposés, affirmant que «la prévention médicale permet d’intervenir avant l’apparition des pathologies et de limiter leurs conséquences sociales et économiques».
Sur le plan international, l’Algérie, a rappelé Saihi, a été sélectionnée parmi huit pays participant à la réunion d’experts à Genève consacrée à la sécurité et à la santé au travail face aux phénomènes météorologiques extrêmes. Cette participation est présentée par Saïhi comme une reconnaissance du rôle et de l’expérience du pays dans le domaine de la prévention des risques professionnels.
Enfin, le dispositif réglementaire a été renforcé avec la publication du décret exécutif n°26-143 du 30 mars 2026 relatif à la protection contre les risques liés au plomb. Ce texte vise à combler certaines lacunes juridiques et à renforcer les obligations des employeurs en matière de prévention et de protection des travailleurs.
Au-delà des chiffres, les autorités affichent une orientation claire : inscrire durablement la santé et la sécurité au travail dans les priorités nationales, en combinant contrôle, formation, encadrement médical et évolution du cadre réglementaire, dans un contexte de transformation des risques professionnels.
K. Zemmouri
