En dévoilant les lauréats 2025 du Prix Nansen, le HCR rappelle que, malgré les conflits et la lassitude mondiale face aux crises, des femmes et des hommes continuent de défendre l’essentiel : sauver, accueillir, reconstruire.
Il est des distinctions qui ne couronnent pas seulement des personnes, mais une certaine idée de l’humanité. Le Prix Nansen 2025, révélé par le HCR, appartient à cette catégorie rare.
Cette année encore, les lauréats rappellent que l’accueil, la protection et la solidarité ne sont ni des slogans ni des abstractions, mais des gestes concrets posés au cœur des crises les plus rudes.
À l’heure où les frontières se ferment et où la compassion s’érode dans le bruit des algorithmes, cinq parcours démontrent que le courage moral survit à l’indifférence générale.
Le lauréat mondial, le chef camerounais Martin Azia Sodea, incarne cette résistance tranquille.
Lorsque des milliers de réfugiés centrafricains se sont présentés aux portes de Gado-Badzéré, son village n’a pas hésité : il a ouvert les terres, partagé les récoltes, offert abri, travail et dignité. Sous son impulsion, 36 000 vies ont été sauvées de la dérive et réintégrées dans une communauté qui a choisi la solidarité plutôt que la peur.
En refusant toute distinction entre “hôtes” et “arrivants”, il a montré que la fraternité n’est pas un luxe, mais un acte politique puissant. Son message — «Nous vivons ensemble» — résonne comme une leçon adressée à un monde fragmenté.
Autour de ce phare humain gravitent quatre lauréats régionaux dont les actions convergent : reconstruire là où tout s’effondre. Au Mexique, Pablo Moreno Cadena transforme l’entreprise MABE en refuge professionnel, offrant à des centaines de réfugiés un emploi stable et une trajectoire d’intégration durable.
En Ukraine, Proliska pénètre les zones les plus ravagées par les bombardements pour secourir plus de 3,2 millions de personnes, prouvant que la neutralité humanitaire reste un rempart face à la brutalité des conflits.
En Irak, Taban Shoresh, survivante du génocide, redonne force et avenir à 105 000 femmes et filles meurtries par la guerre à travers son organisation The Lotus Flower.
Et au Tadjikistan, Negara Nazari, réfugiée afghane, renonce à une carrière confortable pour fonder une école destinée aux enfants exilés privés d’éducation, renouant avec l’idée que la connaissance est le premier bastion de la liberté.
En honorant ces trajectoires, le Prix Nansen ne se contente pas de saluer des individus.
Il rappelle qu’au cœur du chaos, l’humanité continue de produire des gardiens, des bâtisseurs, des consolateurs. À l’heure où l’on compte les réfugiés par millions, ces cinq voix prouvent que le monde n’a pas totalement renoncé à la décence.
Leur œuvre dessine une géographie de l’espérance — fragile, certes, mais indestructible tant qu’il se trouvera quelqu’un pour dire : «Nous ne laisserons personne derrière.»
Le Prix Nansen : Un hommage aux défenseurs des réfugiés
Créé en 1954 par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Prix Nansen récompense chaque année des individus, des groupes ou des organisations ayant accompli des actions exceptionnelles en faveur des réfugiés, des déplacés et des apatrides.
Il tire son nom de Fridtjof Nansen, explorateur norvégien et premier Haut Commissaire pour les réfugiés de la Société des Nations, reconnu pour son engagement humanitaire et son rôle pionnier dans la protection des populations déplacées après la Première Guerre mondiale.
Le prix souligne l’importance de la solidarité internationale et de l’engagement humanitaire dans un contexte mondial marqué par des crises migratoires et des conflits. Les lauréats reçoivent une distinction symbolique ainsi qu’une somme financière destinée à soutenir leurs actions sur le terrain.
Parmi les précédents récipiendaires figurent des associations de terrain, des défenseurs des droits humains et des personnalités ayant consacré leur vie à la protection des populations vulnérables. Le Prix Nansen continue ainsi d’incarner un symbole fort de reconnaissance pour ceux qui œuvrent en faveur des plus démunis.
S. Méhalla
