L’Algérie, fidèle à ses positions de principes, a réagi, hier, officiellement sur la situation «dangereuse» que vit actuellement le Mali voisin, réitérant son soutien à l’unité de ce pays et son rejet total du terrorisme.
C’est donc par la voix de son ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, que l’Algérie a réaffirmé sa position «claire et constante».
Dans une déclaration à la presse à l’issue de l’audience qu’il a accordée, au siège du ministère, au ministre des Affaires étrangères de Bosnie-Herzégovine, Elmedin Konakovic, en visite officielle en Algérie, Attaf a évoqué les «développements dangereux» que connaît la République du Mali, réaffirmant la position «claire et constante de l’Algérie et son soutien à l’unité du Mali, territoire, peuple et institutions».
Le ministre d’Etat a également réitéré la position de l’Algérie «rejetant catégoriquement toutes les formes et manifestations du terrorisme, qui ne peut être justifié ni toléré, quels qu’en soient les motifs ou les causes», une position «dictée par l’expérience douloureuse de l’Algérie face à ce fléau», rappelle Attaf en référence à la décennie noire qu’a traversée l’Algérie durant les années 1990.
Exprimant la position de l’Algérie «en faveur du renforcement de la cohésion nationale au sein de la République du Mali, pays frère», Attaf a précisé que «cette cohésion nationale constitue le meilleur rempart contre le terrorisme et un bouclier solide pour faire face à ce fléau avec l’efficacité requise».
Clarté diplomatique
La position algérienne, on ne peut plus claire, vient ainsi dissiper tous les doutes et mettre fin aux supputations et allégations de certains, le Makhzen notamment, qui y voient «l’ombre d’Alger» dans le malheur qui touche le Mali.
La politique extérieure de l’Algérie a toujours été claire basée sur deux principes cardinaux : non- ingérence dans les affaires internes des Etats et soutien à l’unité des nations et à leur développement.
En dépit d’un certain froid qui s’est installé depuis notamment la prise du pouvoir par Assimi Goita, qui l’a même accusé d’ingérence dans les affaires internes du Mali, l’Algérie a, à maintes reprises, averti ses voisins maliens des conséquences de leurs choix irréfléchis, notamment l’abrogation unilatérale des accords d’Alger sur la paix et la réconciliation au Mali signés en 2015 par diverses factions.
Une décision qui a sans doute mis en colère les mouvements indépendantistes du Nord (Azawad), qui y voient une rupture totale de dialogue avec le pouvoir central à Bamako, qui n’a pas trouvé mieux que de recourir aux mercenaires de Wagner, pour «dompter» les Touareg.
Les choix hasardeux de Bamako
Un choix hasardeux et non sans conséquences qui a replongé le Mali dans un climat de tensions et de doutes. La junte au pouvoir a compliqué davantage la situation au Mali en se retirant de la Cedeao pour lancer l’AES (Alliance des Etats du Sahel), qui s’est dotée ensuite d’une «force unifiée» pour lutter contre le terrorisme.
Cette même «force» dont le poste de commandement se trouve à Niamey sur la base aérienne 101 au niveau de l’aéroport, qui abritait la force Barkhane avant le départ des soldats français, n’a pas réagi pour l’instant au chaos qui risque de s’éterniser au Mali.
Pourtant la charte de la création de l’AES prévoit un devoir d’assistance et de secours entre les trois alliés en cas d’atteinte à la souveraineté et à l’intégrité du territoire de l’un d’eux.
Même l’AES en réaction aux attaques coordonnées qui ont visé le mali s’est juste contenté d’un communiqué laconique avec une rhétorique révolue qui dénonce «un complot soutenu par des ennemis», sans jamais les citer.
C’est dire la complexité de la situation au Mali et dans toute la région sahélo-saharienne. L’isolement total vers lequel se dirige le Mali constitue un danger pour toute la région, déjà convoitée par diverses forces étrangères. Privilégier le dialogue et la concertation, comme l’a toujours appelé Alger de ses vœux, constitue la solution la plus juste pour restaurer la cohésion nationale malienne.
Le «meilleur rempart contre le terrorisme est un bouclier solide pour faire face à ce fléau avec l’efficacité requise», comme l’a, à juste titre, rappelé Attaf.
Saïd Mekla
