Par S. M.
Dans les coulisses du makhzen, une guerre intestine fait rage. Princes contre princesses, réseaux contre réseaux : l’entitéisraélienne, Paris et Washington jouent leurs cartes comme on déplace des pièces sur un échiquier de cristal. Mais dans ce vacarme feutré des salons dorés, une voix demeure absente : celle du peuple marocain.
Ce peuple n’est pas seulement oublié : il est bafoué, maltraité, réduit au rang de spectateur dans la tragédie de sa propre histoire. On l’opprime, on l’affame, on l’assoiffe, on l’escroque, on le vole, on le violente, on l’abandonne, on le bâillonne. Chaque jour, il subit l’humiliation d’être traité comme une quantité négligeable, un chiffre sans chair, une masse interchangeable.
Et pourtant, ce peuple existe. Il travaille, il saigne, il espère encore. Mais sa patience est devenue résignation. Sa dignité a été anesthésiée par des décennies de propagande monarchique et de peur inculquée. Le Marocain est réduit à survivre, alors qu’il devrait exister.
Les prétendants au trône croient écrire l’avenir du royaume, mais ils ne font que jouer avec les cendres d’un peuple muselé. Quelle ignominie que de penser l’avenir d’un pays sans y inclure la voix de ses enfants ! Quelle infamie que d’ériger des palais quand les campagnes meurent de soif ! Quelle injure que d’acheter les consciences internationales tandis que les Marocains mendient justice, pain et liberté !
Car la vérité, nue et tranchante, est la suivante : le Maroc est riche de son peuple, mais pauvre de ses maîtres. Le makhzen n’est pas l’incarnation d’une nation, il en est la confiscation. Il vampirise les forces vives, il étouffe la société, il instrumentalise la religion et la tradition pour mieux pérenniser son emprise.
Un peuple qui s’ignore reste esclave. Un peuple qui se tait demeure prisonnier. Mais un peuple qui décide de se lever, même pacifiquement, brise les chaînes les plus anciennes. L’histoire du monde regorge de peuples méprisés qui, un jour, se sont réveillés et ont abattu des empires qu’on croyait éternels.
Le Marocain doit comprendre qu’aucune princesse, aucun prince, aucun « parrain étranger » ne viendra le délivrer. Son salut ne dépend pas des intrigues du palais ni des bénédictions venues de Tel-Aviv, de Paris ou de Washington. Son destin dépend de lui-même.
Le jour où le peuple marocain décidera de ne plus être une ombre, ce jour-là, le makhzen tremblera. Ce jour-là, le trône cessera d’être un fardeau pour redevenir un symbole. Ce jour-là, le Maroc sera enfin l’héritage de son peuple, et non le butin de ses prédateurs.
S.M.
