En intégrant l’IA au cœur du débat, les pays du 5+5 reconnaissent une réalité : les menaces ne sont plus seulement classiques (migrations, terrorisme, trafic, crises régionales), mais aussi numériques et technologiques.
Une délégation de hauts responsables militaires, de représentants de la défense et de chercheurs des deux rives de la Méditerranée occidentale s’est réunie, jeudi dernier, à Tripoli, pour lancer un nouveau cycle de discussions sur la sécurité régionale, en particulier sur les effets de l’intelligence artificielle.
Organisée sous la coordination de la Libye, la rencontre s’inscrit dans le cadre de l’initiative 5+5 Défense, un format qui rassemble 5 pays du Nord (France, Italie, Malte, Portugal, Espagne) et 5 pays du Sud (Algérie, Libye, Mauritanie, Maroc, Tunisie). Elle marque également le lancement du programme de recherche 2026 du Centre euro-maghrebino pour les études et les recherches stratégiques.
La réunion de Tripoline se limite pas à une simple conférence de recherche. Elle s’inscrit dans une dynamique plus large : celle d’un espace méditerranéen occidental en quête d’un cadre de coopération capable de répondre à des menaces hybrides, transnationales et technologiques.
Selon la Libyan News Agency (Lana), les discussions ont porté sur le thème : «l’intelligence artificielle et son impact sur l’espace 5+5 Défense : menaces et nouvelles perspectives». Des experts et responsables issus d’Algérie, de France, d’Italie, de Libye, de Mauritanie, du Maroc, du Portugal, d’Espagne et de Tunisie ont pris part aux travaux. Seule Malte, membre du format, était absente.
L’IA, nouvel objet de convergence… et de rivalités
Le choix du thème — l’intelligence artificielle et son impact sur la sécurité — est révélateur. L’IA n’est plus seulement un outil de modernisation militaire : elle devient un facteur de transformation des équilibres stratégiques. Les domaines concernés sont multiples. Ils vont de la cybersécurité et cyberdéfense à la surveillance et reconnaissance, en passant par la guerre informationnelle, l’automatisation des systèmes d’armes et l’analyse de données massives pour la prise de décision. En intégrant l’IA au cœur du débat, les pays du 5+5 reconnaissent une réalité : les menaces ne sont plus seulement classiques (migrations, terrorisme, trafic, crises régionales), mais aussi numériques et technologiques. Ils cherchent à anticiper un espace de sécurité où l’intelligence artificielle pourrait amplifier des risques existants ou en créer de nouveaux.
Face à des menaces terroristes de plus en plus diffuses, l’intelligence artificielle est devenue un levier sécuritaire majeur. L’initiative 5+5 Défense a été créée pour renforcer la confiance et la coopération multilatérale en matière de sécurité dans l’ensemble de la Méditerranée occidentale. Elle vise à structurer un dialogue opérationnel entre les deux rives, dans un contexte marqué par des tensions persistantes et des défis sécuritaires croissants.
Une feuille de route adoptée
La réunion n’a pas seulement été symbolique. Au cours de la journée, les participants ont présenté les grandes lignes du projet de recherche, validé les chapitres et les sous-sections, et réparti les rôles et les responsabilités. Un calendrier des prochaines étapes a également été adopté, avec une feuille de route commune qui prévoit un travail conjoint dans les mois à venir.Cela montre une volonté de produire, dans les mois à venir, un travail opérationnel — analyses, scénarios, voire recommandations destinées aux décideurs.
Objectif affiché : fournir aux décideurs politiques et militaires des éléments d’analyse et des recommandations sur les enjeux de sécurité régionale liés à l’intelligence artificielle.
Le Centre euro-maghrebine, selon les spécialistes du domaine, est historiquement lié aux activités de recherche de l’initiative 5+5, née pour structurer un dialogue opérationnel entre les deux rives de la Méditerranée occidentale.
Smail Rouha
