L’Algérie a ouvert la voie. Le Parlement algérien a adopté, la semaine dernière, le projet de loi criminalisant la colonisation française de l’Algérie entre 1830 et 1962.
Cette loi qualifie le colonialisme de « crime d’État », exige de la France une reconnaissance et des excuses officielles, et la tient légalement responsable des atrocités commises par le colonialisme et des tragédies qu’il a engendrées.
Elle évoque également les crimes imprescriptibles, notamment les exécutions extrajudiciaires, les génocides, la torture, le viol, la déportation, les essais nucléaires et le pillage des richesses de l’Algérie, affirmant que l’indemnisation globale des préjudices matériels et moraux est un « droit inaliénable de l’État et du peuple algériens ». En somme, l’heure des comptes a sonné.
Le coût sera élevé, si l’Algérie parvient à porter cette décision et à l’imposer dans le cadre de sa politique étrangère. Certes, la France refuse d’assumer sa responsabilité, bien que le président français Emmanuel Macron ait reconnu auparavant que la colonisation de l’Algérie par la France constituait un « crime contre l’humanité », sans pour autant, de repentance.
L’Algérie brise le silence colonial
Néanmoins, le contexte actuel confère à cette loi une importance majeure. Elle inaugure une nouvelle phase de démantèlement du système colonial européen. Aussi, il n’est pas exclu que de nombreux États suivent l’exemple de l’Algérie afin de mettre fin au colonialisme direct et indirect et de faire payer aux colonisateurs le prix de leurs crimes.
L’importance du timing de la décision algérienne tient au fait que le monde vit aujourd’hui sans véritable loi et est dominé par un chaos généralisé, conséquence ou résultat d’une phase de transition entre deux systèmes mondiaux : un système unipolaire en déclin, s’effondrant et se fragmentant, et, d’autre part, un nouveau système multipolaire en formation, en croissance et à la base de plus en plus large. Un système capitaliste occidental en crise morale, en pénurie de ressources et en difficulté économique, creusant l’écart entre les États-Unis et l’Union européenne, face à un ordre mondial plus juste qui ne traite qu’avec les monnaies de ses membres.
Une Loi à méditer
L’État de Palestine et le peuple palestinien figurent parmi les premiers et les principaux potentiels bénéficiaires du timing de la décision algérienne criminalisant le colonialisme. Et pour cause, le principal responsable des souffrances du peuple palestinien et de l’ensemble des crimes qu’il a subis, et continue de subir, est la Grande-Bretagne. Certes, les États-Unis sont le premier soutien politique, militaire et économique de l’entité sioniste. Cependant, de nombreuses capitales européennes sont également impliquées dans ce soutien, mais la responsabilité juridique et morale première et la plus évidente incombe à la Grande-Bretagne, qui n’a jusqu’à présent payé aucun prix pour les atrocités – dont elle est indirectement responsable – commises, en Palestine et dans de nombreux autres pays du monde.
A cet égard, les Palestiniens devraient méditer la décision algérienne et s’en inspirer en adoptant une décision criminalisant le colonialisme britannique, exigeant de la Grande-Bretagne qu’elle reconnaisse ses crimes et présente des excuses au peuple palestinien pour les atrocités commises durant la colonisation britannique, jusqu’aux campagnes répressives menées par les appareils sécuritaires britanniques contre les citoyens britanniques qui manifestent contre le génocide et la famine perpétrés par l’entité sioniste et ses soutiens colonialistes occidentaux.
Dans ce contexte, il appartient à la Ligue des États arabes, l’Union africaine et autres organisations de suivre l’exemple de l’Algérie en ouvrant largement le dossier du colonialisme et en exigeant de tous les colonisateurs reconnaissance, excuses et réparations, en particulier de la Grande-Bretagne en Palestine.
R.I
