Pour Atlantic Council, la sortie rapide de l’Algérie de la liste grise du GAFI constitue bien plus qu’un succès technique. Le think tank y voit une opportunité pour les États-Unis de redynamiser leur partenariat avec Alger autour de la coopération économique, de l’intégrité financière et de la sécurité régionale.
La sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) en moins de vingt mois constitue une expérience de réforme exemplaire dont les États-Unis gagneraient à s’inspirer. C’est la conclusion d’une analyse publiée par le centre de réflexion américain Atlantic Council, qui estime que ce résultat démontre la capacité des institutions algériennes à conduire des réformes techniques ambitieuses lorsque les objectifs sont clairement définis, les critères précis et les bénéfices économiques identifiés.
Cette appréciation intervient après la décision du GAFI, prise lors de sa réunion plénière de juin 2026 à Paris, de retirer l’Algérie de la liste des juridictions faisant l’objet d’une surveillance renforcée. Le pays a satisfait à l’ensemble des exigences de son plan d’action et validé avec succès la mission de vérification sur place.
Le rapport met particulièrement en avant la rapidité avec laquelle l’Algérie a mené les réformes requises. Inscrite sur la liste grise en octobre 2024, elle en est sortie moins de vingt mois plus tard, un délai inférieur à celui observé dans plusieurs pays de la région. Pour les auteurs, cette performance témoigne d’une réelle capacité institutionnelle à se conformer rapidement aux standards internationaux lorsque les mécanismes de mise en œuvre sont efficaces.
Le document estime que, si tous les aspects des relations entre Washington et Alger ne peuvent être abordés selon la même approche, les États-Unis disposent néanmoins d’une occasion de s’appuyer sur ce succès en matière d’intégrité financière pour renforcer leur coopération bilatérale. Trois priorités sont ainsi mises en avant.
Relancer le dialogue stratégique
Le rapport relève que le dialogue stratégique entre les États-Unis et l’Algérie ne s’est plus réuni depuis octobre 2023. Il recommande l’organisation d’une septième session consacrée à la coopération économique. « Une telle initiative permettrait de saluer officiellement le retrait de l’Algérie de la liste grise du GAFI tout en donnant une portée concrète à cette avancée », souligne le document.
Établir un partenariat durable
Les auteurs plaident également pour la mise en place d’une coopération structurée entre Washington et la Cellule de traitement du renseignement financier (CTRF) dans les domaines de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Afrique du Nord et au Sahel.
Selon le rapport, « face à l’aggravation de la menace terroriste dans la région sahélienne, la CTRF constitue un partenaire de premier plan grâce à sa capacité de surveillance et à sa connaissance des circuits de financement illicite transitant par les frontières méridionales de l’Algérie ».
Privilégier des objectifs concrets
Le think tank estime enfin que les relations entre Washington et Alger se heurtent souvent à des blocages lorsqu’elles sont conditionnées à de vastes exigences politiques. À l’inverse, l’expérience du GAFI montre qu’une approche fondée sur des objectifs précis, mesurables et évalués selon des normes internationales, avec des coûts, des bénéfices et des échéances clairement définis, est plus susceptible de produire des résultats.
« Cette méthode ne s’applique pas à tous les dossiers, mais, lorsqu’un référentiel crédible existe pour mesurer les progrès accomplis, des engagements concrets assortis de délais ont davantage de chances d’aboutir que des demandes politiques générales sans calendrier précis », souligne le rapport.
En définitive, Atlantic Council estime que le retrait de l’Algérie de la liste grise confirme que les réformes engagées produisent déjà des résultats tangibles. Tout en reconnaissant que des efforts restent nécessaires, le centre de réflexion considère que Washington aurait intérêt à saisir cette opportunité pour relancer sa relation avec Alger autour de la coopération économique et du respect de normes communes en matière d’intégrité financière.
« L’Algérie n’est pas un partenaire immuable. La véritable question est désormais de savoir si Washington sera capable de formuler des attentes suffisamment précises et des incitations suffisamment attractives pour convaincre Alger que les efforts à fournir en valent la peine », conclut le rapport.
Synthèse Smail Rouha
