Entre ambitions communes et blocages institutionnels, Alger et Bruxelles cherchent un nouveau souffle pour leur partenariat.
L’Algérie et l’Union européenne avaient annoncé de nouvelles perspectives de coopération pour 2026-2027, avec un accent particulier sur l’investissement productif, la transition énergétique, la recherche scientifique et la modernisation industrielle. Mais à quelques mois de la fin de l’année, plusieurs engagements restent encore au stade des intentions, tandis que le dialogue institutionnel entre Alger et Bruxelles peine à redémarrer.
Au cœur des attentes algériennes figure la relance du Conseil d’association, principal cadre de dialogue entre les deux parties. Alger souhaite réactiver cette instance afin d’engager une révision de l’accord d’association, entré en vigueur en 2005 et considéré par les autorités algériennes comme déséquilibré, notamment sur le plan commercial.
Le Conseil d’association toujours en suspens
Le Conseil d’association, organe chargé de superviser l’application de l’accord signé en 2002, ne s’est pas réuni depuis plusieurs années. Cette situation continue de ralentir les discussions officielles sur plusieurs dossiers économiques et commerciaux.
En attendant une éventuelle reprise du dialogue institutionnel, Alger a choisi de multiplier les contacts directs avec les principales capitales européennes. Rome, Berlin et Madrid figurent notamment parmi les partenaires avec lesquels l’Algérie cherche à approfondir les relations bilatérales.
Lors de sa récente rencontre avec le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, le président Abdelmadjid Tebboune a appelé Madrid à contribuer à la relance du Conseil d’association, estimant que l’Espagne, en raison de sa position au sein de l’Union européenne, pouvait jouer un rôle en faveur d’un meilleur équilibre dans les relations économiques entre Alger et Bruxelles.
Le commerce au cœur des tensions
Les désaccords commerciaux constituent l’un des principaux points de friction. Le dossier des exportations sidérurgiques en fournit une illustration récente. Lors de l’inauguration de la Foire internationale d’Alger, le président Tebboune avait dénoncé les quotas européens appliqués à certains produits algériens, estimant qu’ils ne correspondaient pas au niveau d’ouverture du marché algérien aux produits européens.
Alger met également en avant le poids considérable de l’Union européenne dans ses échanges extérieurs. Près de
60% du commerce extérieur algérien s’effectue avec les pays de l’UE, tandis qu’environ 85% des importations algériennes proviennent de cet espace.
Pour les autorités algériennes, cette forte dépendance commerciale ne s’est, toutefois, pas traduite par une diversification suffisante des exportations hors hydrocarbures. L’objectif initial de l’accord d’association, qui devait notamment contribuer à diversifier l’économie nationale, reste donc loin d’être pleinement atteint.
Des projets en attente de concrétisation
Parallèlement aux discussions commerciales, plusieurs pistes de coopération avaient été identifiées pour 2026-2027. Elles concernent notamment les investissements productifs, les énergies renouvelables, les technologies propres, la recherche scientifique et la modernisation industrielle.
Des visites de hauts responsables de la Banque européenne d’investissement étaient également attendues en Algérie pour examiner le financement de nouveaux projets.
La coopération énergétique demeure, elle aussi, un axe stratégique, avec la perspective de développer des projets conjoints dans les énergies renouvelables et les technologies propres.
Mais la concrétisation de ces ambitions reste étroitement liée à la capacité des deux parties à rétablir un cadre institutionnel fonctionnel.
Un partenariat à rééquilibrer
Signé à Valence en avril 2002, l’accord d’association ne couvre pas uniquement les échanges commerciaux. Il englobe également la coopération économique et financière, les investissements ainsi que des volets politique, social et culturel.
Depuis son entrée en vigueur en 2005, les échanges cumulés entre l’Algérie et l’Union européenne ont dépassé les 1.000 milliards de dollars, avec des flux annuels estimés entre 25 et 40 milliards d’euros.
Malgré cette intensité des échanges, Alger estime que les résultats en matière d’exportations hors hydrocarbures restent insuffisants. La révision de l’accord apparaît dès lors comme une priorité pour rééquilibrer les relations économiques et adapter le partenariat aux nouvelles ambitions industrielles de l’Algérie.
À l’approche de la fin de 2026, l’enjeu est désormais de savoir si les annonces de coopération pourront se traduire en projets concrets. Pour Alger, la relance du Conseil d’association constitue le passage obligé pour donner un nouvel élan au partenariat avec Bruxelles.
H. Adryen
