Face aux défis liés au climat et à la demande en eau, l’Algérie renforce sa stratégie de sécurité hydrique, basée sur le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées et la modernisation des réseaux.
Invité, hier, du Forum de la Radio Chaîne I de la Radio nationale, le ministre des Ressources en eau, Lounès Bouzegza, a présenté la stratégie nationale visant à assurer la sécurité hydrique du pays. Face aux défis climatiques et à l’augmentation des besoins en eau potable, agricoles et industrielles, il a mis en avant les investissements structurants engagés par l’État, notamment dans le dessalement de l’eau de mer, la mobilisation des ressources non conventionnelles et la modernisation des réseaux de distribution.
Le ministre a rappelé que la politique nationale est désormais fondée sur une approche durable, passant d’une gestion de la rareté à une gestion de la sécurité hydrique. Il a souligné que les grands programmes lancés sous l’impulsion du président de la République ont permis de renforcer considérablement les capacités de production d’eau potable.
Selon lui, les stations de dessalement constituent, aujourd’hui, un pilier essentiel de cette stratégie. Elles assurent près de 40% de l’eau destinée à la consommation dans plusieurs régions du pays, réduisant ainsi la pression sur les barrages et les nappes souterraines. De nouveaux projets sont en cours afin d’alimenter également les wilayas de l’intérieur, parfois situées à plus de 250 km du littoral.
Le ministre a également mis en avant l’amélioration de la situation hydrique grâce à la bonne pluviométrie enregistrée cette année. Les réserves des barrages ont dépassé les 4,5 milliards de mètres cubes, tandis que le niveau des nappes phréatiques s’est progressivement reconstitué. Toutefois, il a insisté sur la nécessité de diversifier les sources d’approvisionnement afin d’anticiper les effets des changements climatiques.
Un plan spécial pour l’été
À l’approche de la saison estivale, période marquée par une forte hausse de la consommation, le secteur a mis en place un dispositif exceptionnel. Celui-ci comprend l’augmentation des volumes distribués à partir des barrages, la mise en service progressive de centaines de nouveaux forages, ainsi qu’un suivi quotidien assuré par des cellules de veille installées au niveau central et dans chaque wilaya.
L’objectif, a-t-il expliqué, est d’assurer une distribution plus régulière et de limiter les perturbations. Les éventuelles coupures liées aux opérations de maintenance des stations de dessalement ou aux incidents techniques feront l’objet d’une communication à destination des citoyens.
Des programmes d’envergure dans les wilayas
Lounès Bouzegza a indiqué que plusieurs wilayas bénéficiant des programmes complémentaires de développement connaissent une accélération des projets hydrauliques. Des dizaines d’opérations sont en cours dans des wilayas telles que Tindouf, Khenchela, Djelfa, Tissemsilt ou encore Naâma.
Ces projets portent sur le renforcement de l’alimentation en eau potable, la réalisation de stations d’épuration, la construction de barrages ainsi que le développement des infrastructures destinées à soutenir l’agriculture et les activités économiques.
Moderniser les réseaux pour réduire les pertes
Le ministre a reconnu que l’un des principaux défis demeure le vieillissement des réseaux de distribution. Dans certaines régions, les pertes d’eau atteignent jusqu’à 40% en raison des fuites et des raccordements illicites.
Pour y remédier, le ministère a engagé un vaste programme de renouvellement des conduites, de numérisation de la gestion des réseaux et de déploiement progressif de compteurs intelligents. Ces outils permettront d’améliorer le rendement des installations, de détecter rapidement les anomalies et de garantir une répartition plus équitable de la ressource.
Réutilisation des eaux usées : un axe stratégique
Le responsable du secteur a également insisté sur l’importance de la réutilisation des eaux usées traitées. L’Algérie dispose actuellement de 234 stations d’épuration, tandis que 78 autres sont en cours de réalisation.
L’objectif est d’augmenter progressivement la part des eaux épurées destinées à l’irrigation des cultures stratégiques, aux espaces verts et à d’autres usages ne nécessitant pas de l’eau potable. Cette démarche permettra de préserver les ressources conventionnelles tout en accompagnant le développement agricole.
Le Sud, nouvel espace de développement
Évoquant les perspectives de développement du Grand-Sud, le ministre a affirmé que cette région représente un levier majeur pour l’économie nationale grâce à ses importantes réserves en eau souterraine. Plusieurs projets de transfert d’eau et de dessalement des eaux saumâtres sont en cours afin d’accompagner l’essor de l’agriculture saharienne et des investissements industriels.
En conclusion, Lounès Bouzegza a appelé les citoyens à adopter une consommation plus rationnelle de l’eau. Il a rappelé que malgré les investissements considérables consentis par l’État, la préservation de cette ressource reste une responsabilité collective.
«L’eau est un bien précieux. Les infrastructures sont là, mais leur efficacité dépend également du comportement de chacun», a-t-il déclaré, invitant les usagers à éviter le gaspillage et soutenir les efforts engagés pour garantir durablement la sécurité hydrique du pays.
I. Khermane
