De Riyad à Manama, en passant par Nouakchott et Le Caire, des voix s’élèvent pour défendre la décision souveraine de l’Algérie. Alors que les tensions avec Abou Dhabi s’intensifient, les critiques contre la politique régionale émiratie se multiplient et la crise diplomatique prend une dimension qui dépasse largement le cadre bilatéral.
La décision d’Alger de rompre les relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis ne laisse pas indifférent dans le monde arabe. Depuis son annonce, les réactions se multiplient sur les réseaux sociaux et dans les milieux politiques et médiatiques. Plusieurs personnalités et militants ont pris fait et cause pour la position algérienne, y voyant avant tout l’expression d’un choix souverain, tandis que les critiques se concentrent de plus en plus sur la politique régionale d’Abou Dhabi.
En Arabie saoudite, la décision algérienne a rapidement fait réagir. L’analyste politique saoudien Abdel Salam Saleh estime qu’elle est l’aboutissement de tensions qui se sont accumulées au fil du temps. Pour lui, Alger a finalement choisi de répondre de manière claire et ferme.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes saoudiens ont défendu le droit de l’Algérie à prendre des décisions en fonction de ses propres intérêts. Ils ont également dénoncé les campagnes médiatiques lancées contre Alger après l’annonce de la rupture.
Certains ont tenu à rappeler que l’Algérie n’avait jamais cherché à nuire à l’Arabie saoudite ni à soutenir ses adversaires. Ils ont notamment rappelé les déclarations du président de la République Abdelmadjid Tebboune sur la nécessité de préserver la sécurité du Royaume.
Dans le même temps, les critiques visant les Émirats se sont multipliées. Plusieurs internautes saoudiens reprochent à Abou Dhabi son rôle dans différents dossiers arabes et africains, estimant que sa politique d’influence a contribué à aggraver certaines crises régionales.
Un soutien qui dépasse les frontières
Les réactions favorables à Alger ne se limitent pas à l’Arabie saoudite. Au Bahreïn, le militant politique et défenseur des droits humains Youssef Al-Houri a qualifié la décision algérienne de «courageuse». Il considère qu’elle envoie un message clair à ceux qui cherchent à intervenir dans les affaires intérieures des États ou à influencer les choix des peuples.
«Ceux qui se dressent contre les peuples finiront par les retrouver face à eux», a-t-il déclaré, saluant ce qu’il considère comme une affirmation de la souveraineté algérienne.
En Mauritanie également, la décision a suscité des réactions. Le journaliste spécialisé dans les questions du Sahel et du Sahara, Mohameden Aïb Aïb, estime que la rupture doit être replacée dans le contexte des changements géopolitiques que connaît la région. Selon lui, d’autres pays du Sahel pourraient, à l’avenir, adopter des positions différentes à l’égard d’Abou Dhabi.
De son côté, l’homme politique et militant mauritanien Mohamed Al-Mokhtar Al-Shinguiti a pris la défense de l’histoire algérienne. Il a notamment rejeté les tentatives de dénigrement de la Révolution algérienne et les attaques visant la mémoire des martyrs.
Bataille sur les réseaux sociaux
Après l’annonce de la rupture, une autre bataille s’est engagée sur les réseaux sociaux. Des publications visant l’histoire de l’Algérie, sa Révolution et sa guerre de libération ont provoqué de nombreuses réactions.
Des militants et personnalités arabes ont dénoncé ce qu’ils décrivent comme une campagne organisée contre l’Algérie, évoquant notamment l’activité de «fermes cybernétiques».
Pour leurs auteurs, s’en prendre à la Révolution algérienne revient à s’attaquer à une mémoire profondément ancrée dans la société. Plusieurs internautes ont ainsi rappelé les violences et les sacrifices consentis par les Algériens durant les 132 années de colonisation française.
Le journaliste et acteur égyptien Amr Wakeda, lui aussi, réagi aux attaques visant l’histoire de l’Algérie, en rappelant les violences et la répression exercées contre les Algériens durant la période coloniale.
Pour Alger, les intérêts du pays passent avant tout
En Algérie, le journaliste et intellectuel Yahia Abou Zakaria estime que la décision ne peut pas être comprise uniquement à travers les tensions diplomatiques récentes.
Selon lui, Alger a surtout voulu protéger ses intérêts fondamentaux, notamment en matière de sécurité nationale, de stratégie, d’économie et d’énergie. Le fait d’avoir longtemps privilégié le dialogue et la préservation des relations bilatérales ne signifie pas, selon lui, que l’Algérie est prête à renoncer à ses intérêts.
Une lecture que rejoint, sur un autre registre, le chercheur qatari spécialisé dans les relations internationales et la politique étrangère, Abdullah Bandar Al-Otaibi.
Pour lui, une rupture diplomatique n’arrive presque jamais du jour au lendemain. Elle est généralement précédée par une longue période de tensions, de protestations, de désaccords et de réduction progressive de la coopération entre les deux pays.
L’Algérie a officiellement annoncé, jeudi, la rupture de des relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis, car des «actes et des comportements provocateurs et hostiles» avaient atteint un niveau qui ne permettait plus de poursuivre les relations dans leur forme précédente.
Au-delà de la décision diplomatique elle-même, les réactions enregistrées dans plusieurs capitales arabes montrent que cette crise dépasse désormais le seul cadre bilatéral et s’inscrit dans un contexte régional marqué par de profondes divergences sur les choix stratégiques et les rapports de puissance.
Synthèse Smail Rouha
