Le refroidissement des relations entre Alger et Abou Dhabi franchit un point de non-retour, avec des répercussions qui dépassent désormais le seul terrain diplomatique.
L’Algérie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis (EAU), mettant ainsi un terme à plusieurs mois de tensions croissantes entre les deux pays. La décision, annoncée jeudi par le ministère des Affaires étrangères, intervient après une série d’«agissements provocateurs ou hostiles» attribués à Abou Dhabi, auxquels Alger affirme avoir répondu jusqu’ici avec retenue et par la voie diplomatique.
Dans son communiqué, la diplomatie algérienne affirme avoir fait preuve d’une «grande retenue» et d’un
«sens élevé des responsabilités», tout en multipliant les démarches destinées à attirer l’attention des autorités émiraties sur les conséquences de leur comportement. Alger assure les avoir averties à plusieurs reprises du caractère «regrettable et injustifiable» de certains de leurs agissements.
Cette approche n’a toutefois pas permis de désamorcer la crise. Selon la même source, les Émirats ont persisté dans leurs agissements, lesquels auraient désormais atteint «les limites de ce qui est admissible ou tolérable» dans les relations entre deux États souverains.
Pour Alger, le seuil de tolérance a donc été franchi. Après avoir épuisé, selon ses termes, «toutes les voies permettant de préserver les relations bilatérales», le gouvernement a décidé de passer à l’acte et de rompre officiellement les relations diplomatiques avec Abou Dhabi.
La décision a été notifiée le jour même à l’ambassadeur des Émirats arabes unis à Alger. Reçu au siège du ministère des Affaires étrangères, le diplomate s’est vu signifier la mesure et accorder un délai de 48 heures pour s’y conformer.
Le ciel algérien fermé aux aéronefs émiratis
La rupture diplomatique s’est rapidement traduite par une mesure dans le secteur aérien. Le ministère de la Défense nationale a annoncé la fermeture de l’espace aérien algérien, à compter du vendredi 11 septembre à 00 h 00, à l’ensemble des aéronefs civils et militaires immatriculés aux Émirats arabes unis, en provenance ou à destination de ce pays.
Une exception est néanmoins maintenue pour les vols commerciaux civils émiratis desservant l’aéroport international Houari-Boumediène d’Alger. Ces liaisons seront autorisées jusqu’à la fin de l’année 2026, date d’expiration du contrat en vigueur.
Cette nouvelle mesure intervient après une première décision prise par Alger le 7 février dernier, lorsque l’Algérie avait annoncé la dénonciation de la convention relative aux services aériens avec les Émirats arabes unis. Signé à Abou Dhabi le 13 mai 2013 et ratifié en 2014, cet accord avait été dénoncé conformément à son article 22.
Celui-ci prévoit notamment que toute dénonciation de la convention doit être notifiée par voie diplomatique à l’autre partie et portée simultanément à la connaissance du secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).
Abou Dhabi maintient l’illusion
La réaction des Émirats arabes unis ne s’est pas fait attendre. Abou Dhabi a exprimé son «regret» après la décision algérienne, tout en réaffirmant son attachement au développement de relations avec l’ensemble des États et à la promotion de la coopération et des intérêts communs.
Le ministère émirati des Affaires étrangères a surtout exprimé l’espoir que la rupture décidée par Alger puisse rester «temporaire», mettant en avant la nécessité de préserver les liens qu’il qualifie de fraternels entre les deux peuples.
Dans sa réaction, Abou Dhabi insiste également sur les «liens historiques et humains unissant les populations algérienne et émiratie». Il évoque notamment la communauté algérienne vivant aux Émirats ainsi que les visiteurs algériens, tout en affirmant souhaiter «préserver et renforcer ces relations».
Ainsi s’achève le processus de dégradation des relations algéro-émiraties, désormais marquées par une rupture diplomatique officiellement notifiée.
Au-delà de la mesure politique, la fermeture de l’espace aérien et la fin progressive des dispositifs de coopération existants donnent à cette crise une dimension concrète, dont les effets pourraient se faire sentir au cours des prochains mois.
Assia M.
