Près de six décennies après sa signature, l’accord franco-algérien de 1968 reste au cœur d’une vive controverse politique en France.
L’accord franco-algérien de 1968 continue de faire parler de lui, particulièrement dans les rangs de la droite et de l’extrême droite françaises, qui ne manquent aucune occasion de le remettre au centre du débat politique. Les accords migratoires entre la France et l’Algérie font régulièrement l’objet de critiques de la part de responsables politiques de droite et d’extrême droite, qui dénoncent notamment les avantages supposément accordés aux ressortissants algériens.
Dans une question écrite, le sénateur Fabien Genet avait interrogé le gouvernement sur l’accord de 1968 ainsi que sur l’absence de laissez-passer consulaires permettant l’expulsion de ressortissants algériens faisant l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
«Au vu du changement de contexte économique et politique depuis la signature de cet accord et de la réticence du gouvernement algérien à l’appliquer pleinement, il souhaite demander au gouvernement quelles sont ses intentions en la matière», écrivait le sénateur.
Dans sa réponse, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, confirme que l’accord de 1968 «ne contient aucune disposition en matière d’éloignement des étrangers en situation irrégulière». Le ministre précise également qu’une «démarche de révision» de cet accord «est engagée».
La coopération entre les deux pays en matière d’éloignement repose, quant à elle, sur un protocole d’accord conclu le 27 avril 1994 concernant la délivrance des laissez-passer consulaires, précise le ministre français de l’Intérieur.
Laurent Nuñez reconnaît, par ailleurs, les difficultés rencontrées dans l’exécution des mesures d’éloignement concernant les ressortissants algériens entre 2020 et 2024. Celles-ci s’expliquent d’abord par la crise sanitaire liée à la Covid-19, puis par la dégradation progressive des relations entre Paris et Alger.
«La coopération s’est de nouveau altérée début 2025», explique le ministre. Le dialogue migratoire entre les deux pays a, toutefois, repris à la suite de sa visite en Algérie en février 2026.
«Parallèlement, un travail a été engagé par le ministère de l’Intérieur pour réviser les accords de 1968, conformément aux instructions du président de la République et du Premier ministre. L’objectif est d’obtenir des positions communes sur tous ces sujets», conclut Laurent Nuñez.
Un «épouvantail» politique
L’accord de 1968 est qualifié d’«épouvantail» par le président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune. En octobre 2025, lors de son entrevue périodique avec la presse, le président algérien avait rappelé que l’accord de 1968 était intervenu afin de réduire la portée des dispositions des accords d’Évian prévoyant une libre circulation.
«Lorsque les Européens sont partis, la France a dit que cet article n’est plus d’actualité et elle a demandé sa révision pour arrêter le flux migratoire. C’est alors qu’il a été procédé à sa révision en 1985, puis encore en 1995 et encore en 2001», avait déclaré Abdelmadjid Tebboune, affirmant ainsi qu’«il ne reste plus rien du contenu de cet accord».
Le président algérien avait également estimé que cet accord «est devenu un slogan politique fait pour réunir leurs extrêmes» et «un étendard derrière lequel marche l’armée des extrémistes». En somme, avait considéré le Président, «les accords de 68, c’est une coquille vide».
La question des éloignements
En matière d’éloignement, la coopération entre la France et l’Algérie repose donc principalement sur le protocole d’avril 1994 relatif à la délivrance des laissez-passer consulaires. Les tensions diplomatiques entre les deux pays ont fortement affecté cette coopération au cours des dernières années.
La remise en cause de l’accord de 1968 est réclamée depuis plusieurs années par une partie de la droite et de l’extrême droite françaises. Le gouvernement français travaille désormais à sa révision, tout en affirmant vouloir privilégier la voie du dialogue et de la coopération avec Alger.
H. Adryen
