La crise de Niamey ouvre un nouveau front diplomatique contre Paris et confirme le rôle croissant d’Alger dans la sécurité sahélienne.
Le gouvernement nigérien durcit le ton à l’égard de la France. Après la mutinerie qui a secoué Niamey dans la nuit du 28 au 29 août, les autorités dirigées par le général Abdourahamane Tiani accusent ouvertement Paris d’avoir soutenu et encouragé les militaires dissidents. Cette accusation intervient alors que Niamey affirme avoir reçu l’appui de plusieurs partenaires, dont l’Algérie, qui vient de renforcer son soutien sécuritaire au Niger.
La crise a éclaté autour de la base aérienne 101, située à proximité de l’aéroport international Diori-Hamani. Des militaires mutins ont pris position dans plusieurs secteurs stratégiques de la capitale, provoquant des échanges de tirs. Les forces loyalistes ont finalement repris le contrôle de la situation, avec l’appui d’éléments russes d’Africa Corps.
Paris directement mis en cause
Dans un communiqué diffusé à la Télévision nationale, le gouvernement nigérien a présenté la mutinerie comme une tentative de déstabilisation soutenue depuis l’étranger. La France et le président Emmanuel Macron sont directement visés.
Niamey accuse Paris d’avoir cherché à exploiter la dissidence au sein de l’armée afin de remettre en cause la trajectoire politique engagée depuis le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023.
Les autorités nigériennes affirment disposer d’un dossier documentaire susceptible d’étayer leurs accusations et évoquent la possibilité de saisir les juridictions internationales. À ce stade, aucun élément indépendant n’a, toutefois, été rendu public pour confirmer une implication française. Reuters a également relevé l’absence de preuves détaillées venant étayer ces accusations.
Cette offensive intervient dans un contexte de rupture profonde entre Niamey et Paris. Depuis le coup d’État de 2023, le Niger a tourné le dos à son ancien partenaire militaire français et renforcé ses relations avec Moscou. Avec le Mali et le Burkina Faso, il a parallèlement consolidé l’Alliance des États du Sahel.
Alger affiche son soutien
Dans cette nouvelle configuration régionale, l’Algérie a apporté un soutien militaire particulièrement visible. Le 30 août, le ministère algérien de la Défense nationale (MDN) a annoncé l’envoi à Niamey de quatre chasseurs Su-30, répartis en deux patrouilles et accompagnés d’un avion ravitailleur. Un avion de transport militaire Il-76 a également été mobilisé.
Selon le MDN, l’opération a été décidée sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, à la demande des autorités nigériennes. Alger présente ce déploiement comme un appui à l’armée nigérienne face à la tentative de déstabilisation et comme une illustration de son engagement en faveur de la sécurité régionale.
Ce déploiement marque une nouvelle étape dans la coopération sécuritaire entre les deux pays. En février 2026, Alger et Niamey avaient notamment décidé de réactiver leurs mécanismes de contrôle des frontières et de renforcer leur coordination dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière.
Une implication qui ne date pas d’hier
L’engagement algérien au Niger ne se limite pas à cette opération aérienne. Après le coup d’État de juillet 2023, l’Algérie avait proposé une initiative diplomatique destinée à favoriser une sortie politique de crise. La junte nigérienne avait accepté cette médiation en octobre de la même année.
L’Algérie revendique depuis longtemps un rôle de médiateur et de partenaire sécuritaire dans le Sahel. Elle avait notamment conduit la médiation internationale ayant abouti à l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, signé en 2015, avant de présider son Comité de suivi. Bamako a dénoncé cet accord en janvier 2024.
Un engagement plus visible
Mais l’envoi des Su-30 à Niamey donne une nouvelle dimension à cet engagement. Il s’agit d’un déploiement militaire visible, décidé dans un contexte de crise politique et sécuritaire aiguë.
Pour Niamey, le soutien algérien intervient alors que la Russie s’est imposée comme un partenaire sécuritaire majeur. La présence de partenaires russes et algériens aux côtés des autorités nigériennes dans le contexte de la crise de Niamey illustre la recomposition des alliances au Sahel.
La mutinerie a également mis en lumière les fragilités internes de l’appareil militaire nigérien. Le mécontentement de certains soldats serait notamment lié à la dégradation de la situation sécuritaire et aux lourdes pertes enregistrées dans les combats contre les groupes djihadistes.
Au-delà des accusations croisées, le principal défi pour Niamey reste celui de la stabilité interne et de la capacité de ses forces à contenir durablement la menace djihadiste.
Pour Alger, cette séquence confirme une diplomatie sahélienne combinant médiation politique, coopération sécuritaire et affirmation de ses intérêts stratégiques dans son voisinage.
Assia M.
