L’Algérie ne veut plus se contenter d’extraire ses richesses minières. L’ambition est, désormais, de bâtir une véritable industrie intégrée, capable de transformer localement les ressources, de créer davantage de valeur ajoutée et de renforcer les exportations hors hydrocarbures.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé, mardi, une réunion de travail consacrée au suivi de l’état d’avancement des grands projets structurants du secteur minier ainsi que des infrastructures destinées à les accompagner.
Selon un communiqué de la Présidence de la République, les travaux ont porté sur cinq projets stratégiques : le projet intégré de phosphate reliant Bled El Hadba, Oued El Kebrit et Annaba, la ligne ferroviaire minière de l’Est, l’extension du port d’Annaba, le complexe de traitement du minerai de fer de Gara Djebilet à Toumiat (wilaya de Béchar) ainsi que la mine de zinc et de plomb d’Oued Amizour (Bejaïa).
Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie nationale visant à diversifier l’économie, renforcer le tissu industriel et accroître durablement les exportations hors hydrocarbures.
Une nouvelle vision du développement minier
Longtemps cantonné à l’extraction, le secteur minier devient aujourd’hui l’un des piliers de la diversification économique. À travers ces projets, l’État entend valoriser les importantes ressources du sous-sol algérien en développant des filières industrielles intégrées capables de générer davantage de richesse sur le territoire national.
Invité de la Radio Chaîne I de la Radio algérienne, le professeur en sciences économiques Hakim Bouharb, considère que le suivi régulier de ces projets traduit «un message de rigueur et de sérieux» adressé aux investisseurs nationaux et étrangers.
Selon lui, cette démarche illustre la volonté des pouvoirs publics de respecter les calendriers de réalisation tout en inscrivant le secteur minier dans une véritable stratégie de développement économique.
Le phosphate, moteur de la valeur ajoutée
Le projet intégré du phosphate constitue l’un des axes majeurs de cette politique. Son intérêt réside dans la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’extraction jusqu’à la transformation industrielle et l’exportation.
L’objectif est de dépasser le simple export de minerai brut pour développer une industrie nationale des engrais, capable de répondre aux besoins du marché local tout en conquérant des débouchés internationaux.
Une telle orientation devrait générer davantage de recettes en devises, renforcer la sécurité alimentaire et favoriser l’émergence d’un réseau de sous-traitance au profit des PME.
Zinc et plomb : des minerais stratégiques
Le développement de la mine d’Oued Amizour représente également une étape importante pour l’industrie minière nationale.
Le zinc et le plomb sont des métaux recherchés dans de nombreux secteurs industriels, notamment la galvanisation, les industries mécaniques, la fabrication de batteries et plusieurs applications liées à la transition énergétique.
Pour Hakim Bouharb, la rentabilité du projet dépendra, toutefois, de la capacité à maîtriser les procédés de concentration et de transformation afin d’augmenter la valeur ajoutée avant l’exportation.
Des infrastructures au cœur de la compétitivité
La réussite de cette stratégie repose également sur la modernisation des infrastructures logistiques.
La future ligne ferroviaire minière de l’Est permettra de relier les sites d’extraction aux unités industrielles et aux installations portuaires, réduisant ainsi les coûts de transport et améliorant la compétitivité des produits miniers algériens.
L’extension du port d’Annaba s’inscrit dans cette même logique. Le projet prévoit notamment l’approfondissement du tirant d’eau à 16 mètres afin d’accueillir des navires transportant jusqu’à près de 60 000 tonnes de marchandises.
Selon l’économiste, cette modernisation fera du port une plateforme régionale capable de soutenir les exportations minières tout en renforçant les échanges commerciaux avec les marchés africains et méditerranéens.
Construire un écosystème industriel
Au-delà de l’exploitation des gisements, les autorités ambitionnent de créer un véritable écosystème industriel autour des grands pôles miniers.
Hakim Bouharb préconise le développement de zones industrielles intégrant les unités de transformation, les entreprises de sous-traitance, les PME innovantes et les start-up.
Il souligne également l’importance des partenariats technologiques internationaux afin d’assurer le transfert de compétences, l’acquisition de nouvelles technologies et l’implantation d’industries à forte valeur ajoutée.
Pour l’expert, la réussite de cette politique passe par une approche globale associant exploitation minière, infrastructures logistiques, énergie, formation des ressources humaines et innovation.
Un levier de développement régional
Les retombées attendues dépassent largement le cadre du secteur minier. Ces investissements devraient générer des milliers d’emplois directs et indirects, dynamiser le tissu économique local et renforcer l’attractivité des régions concernées, notamment les wilayas de Tébessa, Annaba, Béchar et Bejaïa.
À travers cette répartition territoriale des projets, les pouvoirs publics affichent leur volonté de promouvoir un développement régional plus équilibré.
En misant simultanément sur l’extraction, la transformation industrielle et les infrastructures logistiques, l’Algérie cherche à bâtir une industrie minière moderne, capable de transformer ses ressources naturelles en levier durable de croissance, de souveraineté économique et de rayonnement continental.
I. Khermane
