Les magistrats de la chambre criminelle de la Cour suprême ont, après deux pourvois et une rétractation, introduits par le collectif des avocats constitués au profit de l’inculpé, accepté les mémoires déposés.
Après avoir commis un meurtre en 1999 sur un policier, une affaire qui n’a pas été élucidée et a été classée par la justice, B. Lotfi, 46 ans, lui-même policier jusqu’en 2005, date à laquelle il a été révoqué pour absences répétées et injustifiées, a été arrêté en janvier 2016 pour avoir assassiné son voisin, âgé d’à peine 16 ans. Les investigateurs de la brigade criminelle de la Sûreté d’Alger ont découvert, au cours de l’enquête préliminaire, que l’arme à feu Beretta 9 mm ayant servi au deuxième crime, appartenait finalement à la première victime assassinée en 1999. Reconnu coupable d’homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, le mis en cause avait été condamné en 2017 puis en 2019 à la peine capitale par le tribunal criminel d’Alger.
Le coupable avait tenté, tout au long de son passage à la barre, de faire croire aux membres du tribunal criminel, notamment au représentant du parquet général, qu’il ne jouissait pas de toutes ses facultés mentales au moment des faits et criait à la démence. Cette dernière n’a pas été établie par le médecin légiste spécialisé en psychiatrie qui a conclu d’ailleurs que cette excuse est à écarter dans cette affaire pour la simple raison que le mis en cause jouissait de toutes ses facultés morales et mentales au moment du drame. L’accusé faisait semblait ne se rappeler que des événements à son avantage et disait ne pas se souvenir lorsqu’il était interrogé sur des faits qui le culpabilisent. A titre d’exemple, il avait déclaré au président en charge du dossier qu’il ne se rappelait pas les principales causes qui l’ont poussé de mettre fin aux jours de ses victimes mais par contre il se remémore qu’il a été révoqué de la Sûreté nationale pour absences injustifiées. Le procureur général avait requis la peine de mort contre le mis en cause arguant qu’il ne mérite ni clémence ni indulgence du tribunal criminel : «L’inculpé que vous avez en face de vous monsieur le président, est un dangereux individu qui avait commis l’irréparable en mettant fin aux jours de deux jeunes hommes dont un n’avait que 16 ans pour des motifs qui ne tiennent pas la route. Il reproche à la première victime qui était sortie prendre de l’air de ne pas lui avoir pas rendu « Salam «. Et à sa deuxième victime de l’avoir dérangé».
Le représentant du ministère public, avait par ailleurs, affirmé que «le meurtrier veut éviter la peine criminelle en tentant de nous faire croire qu’il souffrait et souffre toujours de problèmes psychiatriques alors que les quatre expertises effectuées sur sa personne ont conclu qu’il est entièrement responsable de ses actes». Le même procureur, qui avait requis la peine de mort contre A. Lotfi, a en outre tenu à souligner : «le criminel, qui a été présenté devant les instances judiciaires au lendemain de son arrestation après avoir assassiné son voisin, a avoué son forfait sans hésitation aucune, tout en précisant la manière avec laquelle il a achevé sa victime». Coincé par le réquisitoire du procureur, l’avocat de la défense s’est contenté de demander l’application de l’article 53 bis du code pénal et l’article 592 du code de procédures pénales relatifs aux circonstances atténuantes.
R.H.