«Actuellement, nous sommes en train de réenclencher une dynamique positive», a assuré Macron.
Le président français Macron s’est exprimé hier, une seconde fois en l’espace de deux jours lors de son séjour au Kenya sur l’Algérie.
Dans un entretien accordé à la plateforme Brut Afrique, il a affirmé qu’une «nouvelle phase de rapprochement est en cours» entre l’Algérie et la France. Macron qui a reconnu l’existence de tensions ayant marqué les relations bilatérales ces derniers mois, tout en soulignant la complexité historique et politique du dossier algéro-français, a indiqué que les choses s’emballent très vite lorsqu’un conflit éclate. «Il y a des choses qui se sont emballées avec l’Algérie… après, on est deux pays fiers, donc quand l’un durcit, l’autre répond».
Le président français a par ailleurs évoqué «beaucoup de montées de tensions» et «beaucoup de décisions dures de part et d’autre», avant d’afficher une volonté d’apaisement et de relance du dialogue entre les deux capitales.
Comme il a également estimé que les relations entre Alger et Paris «dépassent le simple cadre diplomatique», étant entendu que l’histoire commune ne peut laisser personne indifférente. Macron a ensuite expliqué que la question algérienne «est un sujet de politique intérieure en France» tandis que «la question française en Algérie est aussi une question de politique intérieure». Une situation qui, selon lui, «complexifie» davantage les rapports entre les deux États. «Actuellement, nous sommes en train de réenclencher une dynamique positive», a encore assuré Macron.
L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet qui s’est exprimé publiquement avant-hier en marge de la session extraordinaire du Parlement pour écouter le discours du président de la République d’Angola, João Lourenço a affiché, quant à lui, la volonté de son pays d’«ouvrir une nouvelle phase» dans les relations bilatérales, placée sous le signe du dialogue, de l’apaisement et du respect mutuel.
«La mission qui m’a été confiée consiste justement à dire à l’Algérie et au peuple algérien que la France est un pays qui respecte profondément l’Algérie et son peuple», a-t-il déclaré. «Il y a eu des mois durant lesquels la France et l’Algérie ont cessé de se parler.
Le retour au dialogue s’impose
Or, la relation entre nos deux pays ne peut pas être cela», a-t-il affirmé, estimant que les liens humains, historiques et culturels entre les deux peuples «imposent aujourd’hui un retour au dialogue. J’ai reçu cette mission avec beaucoup d’émotion : travailler avec les responsables algériens à retisser ces liens indispensables entre la France et l’Algérie», a-t-il affirmé, soulignant qu’«il n’y a pas une seule journée à perdre». Romatet a évoqué la reprise des coopérations dans les domaines de la mobilité, des échanges économiques et des relations culturelles, tout en plaidant pour un partenariat «d’égal à égal», rappelant la présence en France d’une importante communauté algérienne «qui attend des gestes d’apaisement».
Pour lui, les relations entre Paris et Alger dépassent le cadre strictement gouvernemental et concernent avant tout «les populations et les peuples. Plus que jamais, la France et l’Algérie doivent être ensemble pour affronter ces défis», a-t-il soutenu. Interrogé sur les signes récents de détente entre les deux capitales. «La France et l’Algérie ont beaucoup de choses à faire ensemble». Il a surtout insisté sur l’exigence de vérité qui impose, selon lui, de regarder cette histoire «avec lucidité». Dans ce cadre, il a annoncé la reprise du travail conjoint entre historiens français et algériens sur les questions mémorielles, estimant que cette démarche constitue «une dimension essentielle» du rapprochement entre les deux pays. «Ce qui compte aujourd’hui, ce sont les actes», a-t-il affirmé, assurant percevoir également du côté algérien une volonté d’avancer vers «un chemin d’apaisement».
Le poids du dossier de la mémoire
Enfin l’historien français Benjamin Stora qui a toujours soutenu le dialogue entre les deux pays au moment de la crise a dans un entretien accordé à la chaîne électronique «Le Vent Se Lève» estimé qu’«il était impossible de comprendre les crises diplomatiques récurrentes entre les deux pays sans prendre en compte le poids du passé colonial et l’absence d’une reconnaissance française suffisante de cette période historique».
Stora fonde son analyse sur les traces laissées par la colonisation, considérant que les 132 années de présence française en Algérie qui ont profondément marqué les deux rives de la Méditerranée, malgré l’existence, en France, d’un courant anticolonialiste ayant soutenu la lutte des Algériens pour l’indépendance. Selon lui, la blessure coloniale «demeure un élément central» affirmant qu’il est «impossible de demander simplement aux Algériens de tourner la page», car les «blessures historiques ne peuvent être dépassées sans une reconnaissance pleine et claire».
L’historien critique certains discours politiques en France qui «considèrent la colonisation comme un dossier du passé» ou «refusent d’assumer la responsabilité des violences commises durant cette période». Il estime que de telles positions contribuent à «alimenter les tensions liées à la mémoire collective et à accentuer les malentendus entre les deux pays».
Pour l’historien, la construction d’une relation apaisée et équilibrée «passe nécessairement par un travail historique commun». Il a salué le travail de la commission mixte d’historiens algériens et français, estimant qu’elle «commence à produire des résultats concrets». Selon Stora, ces «questions ne sont pas seulement symboliques, mais constituent des étapes indispensables vers une véritable réconciliation autour de la mémoire commune».
H. Adryen
