Tout juste élue à la tête de l’Association France-Algérie en janvier dernier, Ségolène Royal ne mesure pas néanmoins la charge et la responsabilité qui lui incombent à l’aune d’une grave crise diplomatique entre les deux pays.
«La crise est profonde. L’Association France-Algérie est venue me chercher en connaissant ma liberté de parole et la solidité de mes convictions», affirmait l’intéressée au journal le Monde. La nouvelle dirigeante de l’AFA, fait le constat que «certains crimes de la colonisation, certaines blessures, n’ont pas été nommés, ni réparés, ni excusés. Elles doivent l’être par la France comme l’ont fait d’autres pays».
Aujourd’hui encore, six mois sont passés et le constat reste le même. Dans la foulée, l’ancienne ministre a critiqué les partisans d’une ligne dure face à Alger, regrettant que «nos dirigeants et certains médias inspirés par le RN […] continuent d’insulter l’Algérie», a-t-elle publié sur la plateforme X.
L’ancienne ministre va plus loin en prenant la défense des tenants de l’apaisement avec l’Algérie, ciblant leurs détracteurs dans un contexte diplomatique fortement tendu depuis l’été 2024. Elle a également déploré que les partisans d’une approche pacifiée -dont elle fait partie- soient «stupidement» accusés d’être des «victimes d’ingérence», qualifiant cette posture d’incohérente.
Mme Royal ironise sur les accusations d’ingérence en interpellant «L’Algérie fait-elle de l’ingérence au Vatican ? Et donc de l’ingérence en Italie, en Allemagne, en Espagne, et même aux États-Unis ?». Selon elle, ces pays ne s’embarrassent pas de telles considérations, soulignant qu’ils «viennent de doubler leurs échanges» avec l’Algérie et sont aujourd’hui «trop contents de prendre la place des entreprises françaises».
Alors que l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne consolident leurs partenariats énergétiques avec l’Algérie, Ségolène Royal monte au créneau.
«C’est affligeant !»
L’ancienne ministre dénonce la «spéculation» sur les prix de l’énergie en France, pointant du doigt un décalage stratégique avec ses voisins européens. Face aux tensions sur le marché de l’énergie, la candidate à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2027 est montée au créneau.
Fustigeant le décalage entre la stratégie française et celle de ses voisins, Ségolène Royal s’est indignée : «Scandaleux cette spéculation sur le prix de l’énergie. Et pendant ce temps, l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne signent des contrats d’approvisionnement en gaz en Algérie pendant que la France subit la spéculation mondialisée. On doit s’entendre avec tous nos voisins, l’Algérie comme avec tous les pays méditerranéens pour construire un avenir commun, au lieu de les diviser pour régner, dans une pulsion néocoloniale toxique d’un autre âge» écrit-elle.
C’est « affligeant !», a conclu la présidente de l’association France-Algérie, une structure qui s’était illustrée en contribuant au dégel des relations diplomatiques entre Paris et Alger au terme d’une grave crise de près de deux ans. Ségolène Royal n’est pas à sa première diatribe contre les tenants des affaires de son pays. En février dernier, l’ancienne candidate à la présidentielle fustigeait le pouvoir en place.
Invitée sur TF1, de retour d’un voyage en Algérie, elle a déploré que la France ne soit pas présente en Algérie, décrivant un pays qui «a énormément évolué». Plaidant pour l’apaisement entre les deux capitales, Royal a déploré une situation qu’elle juge ubuesque.
«Tous les pays s’entendent avec l’Algérie, et pas la France ? Alors que c’est nous qui avons l’histoire commune la plus douloureuse mais aussi la plus imprégnante. Nous avons la Méditerranée en patrimoine commun», rappelle-t-elle. «L’Algérie a énormément évolué et beaucoup de responsables français, parce qu’ils exploitent politiquement cette fracture, ne veulent pas comprendre que c’est un pays qui investit et exporte», poursuit-elle.
« Tous les pays sont là pour investir dans ce pays, sauf la France. C’est quand même extravagant (…) Nous devons cette réconciliation aux jeunes générations, qui sont des deux côtés» de la Méditerranée, a plaidé Ségolène Royal, qui met en garde : «Un jour, il sera trop tard pour la France pour nouer des partenariats parce que les places seront prises».
H. Adryen
