Entretien réalisé par AssiaMekhennef
Hydrogène, industrie, infrastructures et investissements : l’Autriche veut accélérer son partenariat économique avec l’Algérie.
Dans cet entretien accordé à Crésus, l’ambassadeur d’Autriche à Alger, Wolfgang Spadinger, met en avant l’intérêt croissant des entreprises européennes pour le marché algérien. Il plaide également pour des procédures d’investissement plus rapides et prévisibles, tout en défendant une coopération fondée sur les technologies, la production locale et le transfert de savoir-faire.
Crésus : Excellence, l’Algérie est appelée à jouer un rôle important dans le corridor sud de l’hydrogène vers l’Europe. Quelles sont, selon vous, les premières réalisations concrètes que l’Autriche souhaite mettre en œuvre avec l’Algérie dans ce domaine et dans quel calendrier ?
Wolfgang Spadinger : Je pense qu’il est d’abord essentiel que les responsables politiques et les pays concernés expriment clairement leur engagement et confirment leur volonté de participer à ce projet. Je considère donc comme très positive l’implication du président Abdelmadjid Tebboune. Au plus haut niveau de l’État algérien, il y a une confirmation claire de la volonté de l’Algérie, qui est déjà un producteur de premier rang dans le domaine de l’énergie conventionnelle, de s’engager également dans le développement des énergies renouvelables.
C’est un élément important. Il est également positif que l’ensemble des pays concernés par cette alliance aient confirmé leur participation. La Tunisie, notamment, a finalement décidé d’y prendre part, ce qui est également significatif.
Pour l’Algérie, il est important de voir qu’il existe un intérêt européen pour cette initiative, porté notamment par l’Autriche, l’Allemagne et l’Italie. L’Europe ne se résume pas à un seul pays : l’Union européenne compte 27 États membres. Il existe donc un véritable intérêt européen pour l’Algérie.
Cet intérêt est évidemment lié à la disponibilité de l’énergie et aux crises qui affectent le monde, qu’il s’agisse de la guerre en Ukraine ou encore des tensions autour du détroit d’Ormuz. Mais notre relation avec l’Algérie va bien au-delà de la seule question énergétique.
Il s’agit aussi de construire des relations stables et durables. L’Algérie est un pays avec lequel nous partageons certains traits de caractère importants. L’Autriche est un pays pacifique et stable, attaché au respect de ses engagements. Nous voyons également ces caractéristiques en Algérie. C’est pourquoi nous devons véritablement travailler ensemble.
Cette coopération peut constituer un facteur de stabilité, non seulement pour l’Algérie, mais également pour son voisinage régional.
Il existe, par ailleurs, de grands projets d’infrastructures, notamment un corridor reliant l’Algérie au Nigeria à travers le Niger, ainsi que des projets dans le domaine du gaz, du chemin de fer et des routes. La réalisation de telles infrastructures suppose également une amélioration de la situation sécuritaire dans la région, notamment au Niger, avec la fin des hostilités, de l’insécurité et des actes terroristes.
Si ces projets sont concrétisés, ils contribueront à accroître la prospérité dans la région et à renforcer sa sécurité. Il existe donc de nombreuses raisons de développer et d’approfondir la coopération avec l’Algérie.
La délégation qui accompagne le ministre de l’Economie, de l’Energie et du Tourisme, Wolfgang Hattmannsdorfer, compte plus de 20 entreprises autrichiennes. Quelles sont les conditions que l’Autriche souhaite voir réunies pour que cette mission débouche sur des investissements industriels et des partenariats durables en Algérie, notamment dans les secteurs de l’eau, des infrastructures et des énergies renouvelables ?
L’Autriche est constamment à la recherche de partenariats avec les entreprises algériennes, dans différents secteurs. Nous avons d’ailleurs des exemples concrets de projets d’investissement. Il y a notamment un important projet porté par une entreprise autrichienne pour la création d’une usine dans la région de Naâma, spécialisée dans l’emballage.
Comme pour tout projet d’investissement, certaines procédures doivent toutefois être accélérées. Les procédures administratives peuvent être assez traditionnelles et prendre du temps, ce qui exige naturellement de la patience.
Nous sommes prêts à investir en Algérie. Je pense que les entreprises européennes, et notamment autrichiennes, manifestent un réel intérêt pour le marché algérien. Mais il faut également tenir compte du fait que ces entreprises disposent aujourd’hui de plusieurs possibilités d’investissement à travers le monde.
Une entreprise peut ainsi comparer l’Algérie à d’autres destinations, en Asie, en Amérique latine ou ailleurs, avant de prendre sa décision. Elle examine les conditions offertes, les possibilités de développement, mais aussi la rapidité et la prévisibilité des procédures administratives.
La vitesse de traitement des autorisations et, plus largement, la célérité des procédures constituent donc un facteur important dans la décision d’une entreprise d’investir ou non.
Au-delà de l’énergie, comment l’Autriche envisage-t-elle de développer une coopération économique plus diversifiée avec l’Algérie, notamment dans l’industrie, les technologies, le tourisme et le transfert de savoir-faire ?
L’économie autrichienne repose sur une structure très diversifiée, avec quelques grandes entreprises, mais surtout un tissu important de petites et moyennes entreprises. Nous disposons donc d’une offre très large dans différents secteurs.
Nous souhaitons développer cette diversité de coopération avec l’Algérie, notamment dans les secteurs industriels et technologiques. L’Algérie veut devenir un pays industriel, capable de produire davantage localement. Dans ce contexte, notre rôle n’est pas nécessairement d’exporter vers l’Algérie des produits finis, mais plutôt de fournir les machines et les technologies permettant de les produire localement.
C’est là que nous pouvons être complémentaires. Lors de mes réunions avec les ministres Mohamed Arkab et Mohamed Adjal, nous avons également entendu que l’Algérie identifie certains secteurs dans lesquels elle a besoin de coopération et de partenariats.
Notre démarche consiste donc à rechercher les domaines dans lesquels nous pouvons apporter notre contribution et trouver notre place dans cette coopération, dans un esprit de partenariat et d’amitié.
L’Autriche peut aussi avoir un avantage dans sa capacité à proposer des solutions adaptées aux besoins spécifiques de ses partenaires. Aujourd’hui, certains grands pays, notamment la Chine, peuvent fournir une très large gamme de produits à des prix compétitifs.
Mais le meilleur choix n’est pas toujours nécessairement de rechercher une solution standardisée. Il peut être plus pertinent de travailler avec un fournisseur capable d’écouter précisément les besoins du client, de comprendre ses contraintes et de proposer une solution conçue pour répondre à sa situation particulière.
C’est précisément dans cette approche personnalisée, fondée sur l’écoute, la qualité des solutions et le partenariat à long terme, que nous souhaitons développer davantage la coopération économique entre l’Autriche et l’Algérie.
A. M
