L’élection de l’Algérie, une première depuis la création du Parlement panafricain, marque une nouvelle étape dans le rayonnement diplomatique du pays sur le continent africain.
L’Algérie frappe un grand coup sur l’échiquier africain. En s’emparant, pour la première fois depuis sa création, de la présidence du Parlement panafricain (PAP), l’Algérie confirme un retour en force diplomatique que peu d’acteurs peuvent désormais ignorer.
Élu jeudi dernier à l’issue d’un scrutin sans appel en Afrique du Sud, membre du tiers présidentiel au Conseil de la nation, FatehBoutbig, prend les rênes de l’institution pour la législature 2026-2029. Avec 119 voix sur 152, le candidat algérien n’a pas seulement gagné. Il a écrasé la concurrence. Une victoire nette, construite au terme d’une campagne méthodique au sein de l’Union africaine, et qui consacre la montée en puissance d’Alger dans les arènes continentales.
Une institution à relancer
Créé en 2004, le Parlement panafricain est censé porter la voix des peuples africains. Encore en quête de poids réel, il pourrait bien, sous l’impulsion de Fateh Boutbig, changer de dimension. Dans sa première déclaration, le représentant algérien a donné le ton : «Une volonté africaine unie», avec en point de mire un renforcement de l’institution et un ancrage plus concret auprès des citoyens.
«Il ne peut y avoir d’Afrique forte sans prendre en considération l’Afrique du Nord, ce pont civilisationnel et stratégique reliant le continent à son environnement méditerranéen et mondial», a-t-il ajouté, précisant que «les pays de l’Afrique du Nord, à leur tête l’Algérie, disposent de ressources et de potentialités leur permettant d’être un véritable moteur de l’intégration continentale, notamment dans les domaines de l’énergie, de la sécurité et de la diplomatie».
Dans un contexte de fortes attentes, le représentant algérien promet de redynamiser l’institution et de renforcer sa capacité à porter la voix des citoyens africains, en ligne avec les ambitions de l’Agenda 2063.
Basculement des équilibres africains
Mais au-delà des discours, c’est bien un signal politique qui vient d’être envoyé. Car cette élection ne se résume pas à un simple jeu de chaises musicales institutionnel : elle traduit un basculement d’équilibres. L’Algérie ne se contente plus de défendre ses positions : elle fédère, elle rassemble, elle gagne.
Face à elle, le Maroc encaisse. Le candidat Lahcen Haddad, pourtant en lice, n’a jamais réussi à s’imposer. Pis, Rabat s’est retrouvé isolé jusque dans son propre environnement régional. Le ralliement des pays de l’Afrique du Nord au candidat algérien a scellé l’issue du scrutin, laissant peu de place à l’ambiguïté.
Le revers s’est confirmé lors de la distribution des postes : aucune responsabilité pour le Maroc, tandis que la Tunisie et la Mauritanie se partageaient les fonctions restantes. Une photographie diplomatique sans appel.
Deux stratégies, deux résultats
Dans ce contexte, la réaction marocaine ne s’est pas fait attendre. Fidèle à une rhétorique désormais bien rodée, Rabat a dénoncé un «complot» et des «irrégularités».
Dans un communiqué, il affirme que les réunions du groupe nord-africain, tenues en marge de la session, ont été marquées par des violations des règles, notamment l’imposition d’une procédure de vote «sans base légale» et des ingérences dans leur déroulement.
Rabat pointe également un «précédent dangereux», évoquant le déploiement d’agents de sécurité privée pour influencer les discussions et orienter les décisions. Procédure contestée, réunions biaisées, ingérences supposées… l’argumentaire est connu. Mais il peine à masquer une réalité plus simple : l’incapacité à construire un consensus.
Car c’est bien là que se joue la différence. Là où Alger capitalise sur une diplomatie de réseaux, d’alliances et de constance, Rabat semble s’enfermer dans une logique de contestation a posteriori. Une stratégie qui, une fois de plus, montre ses limites.
Une dynamique diplomatique confirmée
Cette énième victoire de l’Algérie s’inscrit d’ailleurs dans une dynamique plus large. Ces dernières semaines, l’Algérie a enchaîné les succès dans les enceintes internationales.
Preuve en est l’élection, mercredi dernier, de l’Algérie à la vice-présidence de la 11e Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui se tient du 27 avril au 22 mai 2026 au siège des Nations unies, à New York, confirmant sa place parmi les acteurs engagés du processus multilatéral de désarmement nucléaire.
Ce succès a été précédé par l’élection, en avril, de l’Algérie par le Conseil économique et social des Nations unies (ECOSOC) en tant que membre de la Commission organisationnelle de la Commission de consolidation de la paix (CCP) et de la Commission de statistique, outre l’élection de Younès Zebbiche en tant que membre de l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) pour la période 2027-2032. S’ajoute également l’élection de Selma Malika Haddadi en tant que vice-présidente de la Commission de l’Union africaine.
Au-delà du symbole, l’élection de Fateh Boutbig ouvre une nouvelle séquence : celle d’une Algérie qui entend peser davantage dans la définition des équilibres africains et qui dispose, désormais, des leviers pour le faire. Quant au voisin de l’Ouest, il semble condamné à commenter les victoires des autres.
Smail Rouha
