Dix jours à peine après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu qui mettait fin à plus de deux années d’une guerre dévastatrice contre Ghaza, les bombes sionistes ont de nouveau retenti.
Des frappes ont visé plusieurs zones du territoire palestinien, notamment al-Zawaïda, le camp de Nuseirat et Jabaliya, faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés. Selon les hôpitaux de Ghaza, 51 Palestiniens ont été tués et plus de 150 autres blessés depuis la signature de la trêve. Officiellement, l’armée sioniste justifie ces attaques par des «violations» du cessez-le-feu qu’aurait commises le Hamas. Officieusement, nombre d’observateurs y voient déjà les premiers signes d’un retour planifié à la guerre.
Un cessez-le-feu fragilisé
Le colonel et expert militaire Hatem Karim al-Falahi estime que ce regain de tensions illustre «la fragilité d’une trêve imposée à l’entité sioniste sous pression internationale, et non choisie par conviction stratégique». L’absence d’un mécanisme de surveillance indépendant a laissé le champ libre à toutes les interprétations. Chaque partie accuse l’autre de la première entorse à l’accord. Mais sur le terrain, le déséquilibre reste flagrant: les représailles sionistes sont systématiquement disproportionnées, transformant chaque incident en justification pour de nouvelles offensives. Pour al-Falahi, l’entité sioniste «tente de se soustraire à une trêve qui restreint sa liberté d’action militaire», en exploitant chaque incident pour légitimer un retour à la confrontation.
Washington prépare le terrain
La tension a été attisée par un communiqué inattendu du département d’État américain, qui a affirmé disposer de «rapports crédibles» faisant état d’un «projet d’attaque» du Hamas contre des civils à Ghaza. Une déclaration perçue à Ghaza comme une «tentative flagrante» de diaboliser la résistance et de préparer l’opinion internationale à une reprise des hostilités. Des analystes soupçonnent une «coordination en coulisses» entre Washington et l’entité sioniste, d’autant que ce communiqué coïncidait avec des mises en garde de la direction centrale de l’armée américaine sur un «risque d’escalade interne» à Ghaza. Pour plusieurs observateurs, ces avertissements ressemblent davantage à une «mise en scène diplomatique» qu’à un souci réel de paix.
Le spectre du «modèle irlandais»
Dans ce climat tendu, le Premier ministre britannique Keir Starmer a surpris en proposant que son pays joue un rôle clé dans le «désarmement du Hamas», en s’inspirant du modèle de paix nord-irlandais. S’il présentait cette initiative comme une contribution à la stabilité, elle a été interprétée à Ghaza comme un nouveau signal occidental cherchant à marginaliser la résistance palestinienne sous couvert de «modération». Les parallèles entre Belfast et Ghaza sont pourtant trompeurs. L’Irlande du Nord vivait un conflit interne dans le cadre d’une souveraineté britannique, tandis que Ghaza demeure «sous occupation étrangère» et privée de tout cadre d’État.
En Irlande, l’IRA avait déposé les armes après avoir obtenu des garanties politiques et des droits reconnus. À Ghaza, on parle d’un désarmement «sans contrepartie politique», dans un contexte de blocus, de destructions massives et d’impunité sioniste. Autrement dit, on demande à la partie occupée de renoncer à son seul moyen de défense, sans lever l’occupation ni assurer de protection internationale crédible. Cette approche, loin de renforcer la paix, alimente la conviction que les puissances occidentales cherchent à «neutraliser la résistance» plutôt qu’à résoudre les causes du conflit.
Pour nombre d’analystes, l’entité sioniste ressuscite aujourd’hui une stratégie bien connue : provoquer, accuser, riposter. Sous couvert de «protéger les civils» ou de «riposter à une menace imminente», l’armée sioniste «réinstalle la logique de guerre permanente», tout en rejetant la faute sur l’autre camp. Cette mécanique, observe al-Falahi, traduit l’inconfort de l’entité sioniste face à une paix qu’il n’a jamais voulue. «La trêve ne correspond pas à son agenda stratégique», souligne-t-il, «car elle freine son contrôle militaire et expose ses faiblesses internes».
En réalité, l’entité sioniste ne supporte pas l’idée d’une Ghaza pacifiée: une reconstruction durable signifierait la fin du prétexte sécuritaire qui justifie son emprise sur le territoire. C’est pourquoi chaque accalmie devient «une menace pour son récit officiel» et chaque incident, «une opportunité de relancer la guerre». À Ghaza, les habitants oscillent entre espoir et désillusion. La trêve, censée ouvrir une ère de répit, ressemble désormais à une parenthèse sous surveillance, où le moindre incident peut rouvrir les portes de l’enfer. Et si l’histoire récente de Ghaza enseigne quelque chose, c’est que l’entité sioniste n’a jamais eu besoin d’un vrai motif pour recommencer la guerre : il lui suffit d’un prétexte.
Assia M.
