Entre transition énergétique, développement des échanges et souveraineté économique, l’Algérie et le Nigeria relancent leur coopération autour de grands corridors africains.
L’Algérie et le Nigeria affichent une nouvelle fois leur volonté commune de faire avancer des projets d’infrastructures considérés comme structurants pour l’avenir économique du continent africain. Au cœur de cette coopération : le gazoduc transsaharien (GTP), la route transsaharienne et le réseau de fibre optique transsaharien, trois projets qui ambitionnent de renforcer les échanges, la sécurité énergétique et la connectivité régionale.
La rencontre entre le secrétaire général du ministère algérien des Affaires étrangères, Lounes Mokhtar, et son homologue nigérian Ahmed Dunuma Umar, a permis de confirmer la continuité du partenariat stratégique entre Alger et Abuja. Les discussions ont porté sur le suivi des projets communs ainsi que sur les mécanismes de coopération bilatérale dans les domaines politique, économique et énergétique.
Le TSGP, un projet à dimension continentale
Parmi les dossiers prioritaires, figure le gazoduc transsaharien, une infrastructure appelée à jouer un rôle majeur dans la valorisation des ressources gazières africaines et dans le renforcement des capacités d’exportation vers les marchés internationaux.
Long de plus de 4 000 km, le projet doit relier les champs gaziers du Nigeria au réseau énergétique algérien, avec une capacité de transport estimée entre 20 et 30 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an. Au-delà de sa dimension énergétique, il constitue un instrument de coopération économique entre l’Algérie, le Niger et le Nigeria.
Pour Abuja, l’enjeu est de mieux exploiter ses vastes réserves de gaz naturel, parmi les plus importantes au monde. Pour Alger, le projet représente une opportunité de consolider son rôle de plateforme énergétique régionale et de renforcer ses exportations, notamment grâce au potentiel des nouveaux gisements.
La relance du projet intervient dans un environnement international marqué par une forte demande en énergie, la diversification des approvisionnements et la recherche de nouvelles routes d’acheminement du gaz. Le corridor transsaharien pourrait ainsi offrir aux producteurs africains un accès supplémentaire aux marchés extérieurs tout en favorisant le développement industriel des pays traversés.
Cap sur le commerce intra-africain
Au-delà du secteur énergétique, la route transsaharienne constitue un autre levier stratégique pour l’intégration économique du continent. Reliant six pays — l’Algérie, la Tunisie, le Niger, le Nigeria, le Mali et le Tchad — sur environ 9 400 km, cette infrastructure vise à améliorer la circulation des marchandises et à réduire les coûts logistiques entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.
Avec un taux d’avancement estimé à près de 90%, le projet représente un élément clé dans la création de corridors commerciaux africains. Son achèvement pourrait contribuer à stimuler les échanges régionaux, faciliter l’accès aux marchés et renforcer les chaînes d’approvisionnement dans une région encore confrontée à d’importants défis logistiques.
Pour l’Algérie, la route transsaharienne répond également à une ambition économique : devenir un point de passage privilégié entre les marchés méditerranéens et les économies d’Afrique de l’Ouest et du Sahel.
Une dynamique d’intégration africaine
Le gazoduc transsaharien et la route transsaharienne s’inscrivent dans une vision plus large de développement des infrastructures africaines. Leur réussite dépendra, toutefois, de plusieurs facteurs : la mobilisation des financements, la stabilité des zones traversées, la coordination technique entre les pays concernés et la mise en place de cadres réglementaires favorables aux investissements.
Au-delà des annonces politiques, ces projets illustrent une volonté croissante des États africains de développer des infrastructures conçues à l’échelle du continent. S’ils aboutissent, ils pourraient contribuer à transformer les ressources naturelles et les capacités logistiques africaines en véritables moteurs de croissance régionale.
Smail R.
