Les deux parties ont réaffirmé leur engagement à développer les mécanismes d’entraide judiciaire et à approfondir la coordination face aux défis sécuritaires communs.
Dans une nouvelle étape marquant l’apaisement des tensions diplomatiques entre la France et l’Algérie, le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaa, a reçu à l’aéroport international Houari-Boumediène d’Alger son homologue français, Gérald Darmanin, en visite officielle les 17 et 18 mai 2026.
«La rencontre s’est déroulée en présence de cadres des ministères de la Justice et des Affaires étrangères», précise un communiqué du ministère de la Justice.
À cette occasion, une séance d’entretiens bilatéraux s’est tenue en présence des membres des délégations des deux pays, au cours de laquelle les deux parties ont examiné l’état de la coopération bilatérale entre les ministères de la Justice des deux pays dans les domaines juridique et judiciaire, ainsi que les voies et moyens de la consolider davantage, ajoute la même source.
La séance d’entretiens bilatéraux a été suivie d’une séance de travail regroupant les magistrats accompagnant le ministre français et leurs homologues algériens, en vue d’examiner les dossiers bilatéraux liés à la coopération judiciaire.
Par ailleurs, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a reçu Gérald Darmanin, accompagné de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet.
L’audience s’est déroulée en présence de Brahim Merad, ministre d’État, chargé de l’Inspection générale des services de l’État et des collectivités locales, Ahmed Attaf, ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Lotfi Boudjemaâ, ministre de la Justice, garde des Sceaux, ainsi qu’Ammar Abba, conseiller auprès du président de la République chargé des affaires diplomatiques, indique un communiqué des services de la présidence de la République.
Lutte contre la criminalité et échanges sécuritaires
Cette visite s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale, notamment dans les domaines de la justice, de la coopération judiciaire et de l’échange d’expertise entre les institutions des deux pays.
Les entretiens ont porté sur plusieurs dossiers sensibles, dont la lutte contre la criminalité organisée transfrontalière, le trafic de drogue, ainsi que le renforcement de la coordination en matière de lutte contre le terrorisme et d’échange d’informations judiciaires et sécuritaires.
Une dynamique de relance de la coopération
Ainsi, après Laurent Nuñez et Alice Rufio, c’est au tour du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, de venir à Alger pour consolider la coopération algéro-française. Trois ministres français en l’espace de quatre mois : du jamais-vu, même pendant les périodes de normalisation.
Gérald Darmanin, accompagné pour la circonstance de plusieurs hauts magistrats français, est venu avec un objectif précis : relancer une coopération judiciaire quasiment à l’arrêt. Le procureur national financier, Pascal Prache, fait également partie de la délégation. Sa présence vise notamment à répondre aux requêtes algériennes concernant des biens acquis durant la période coloniale.
Des délégations de magistrats de haut niveau des deux pays ont ainsi été mobilisées pour débloquer les conditions d’exécution des commissions rogatoires internationales.
La question des biens mal acquis
Le président Tebboune a récemment dénoncé l’absence de coopération de la France concernant la récupération des biens mal acquis et des fonds détournés par des oligarques et responsables de l’ère Bouteflika. Il a pointé du doigt l’inertie de la justice française, tout en saluant l’efficacité de pays comme la Suisse.
Le président Tebboune a indiqué que sur plus de 60 commissions rogatoires internationales envoyées à Paris, aucune n’a abouti à ce jour. Ces critiques répétées d’Alger ont poussé Paris à réagir.
Le gouvernement français a exprimé sa volonté de relancer le dialogue judiciaire et la coopération bilatérale afin de traiter ces dossiers complexes.
En avril 2025, lors de sa visite en Algérie, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé que la France «est disposée à relancer la coopération judiciaire avec l’Algérie, y compris sur le dossier des biens mal acquis transférés vers la France», soulignant les nombreux enjeux de coopération dans ce domaine, et annonçant que les services du Parquet national financier français avaient invité leurs homologues algériens à se rendre à Paris à cet effet.
Le dossier consulaire, un point de tension persistant
Un autre sujet sensible est le cas de l’employé consulaire algérien détenu en France depuis avril 2025. L’Algérie exige sa libération immédiate et sans condition, arguant que son maintien en détention provisoire viole la Convention de Vienne sur les relations consulaires.
L’Algérie rejette également ce qu’elle considère comme une politisation de cette affaire, découlant des accusations françaises de tentative d’enlèvement d’un ressortissant algérien sur le sol français.
L’Algérie appelle à ce que cette question soit traitée par les voies souveraines et dans le cadre d’une coordination sécuritaire conjointe afin de prévenir toute nouvelle escalade.
Gérald Darmanin espère sortir de cette impasse en renforçant la coopération judiciaire avec les autorités algériennes.
H. Adryen
