L’éventuelle venue du président de la Transition malienne pourrait marquer une étape importante dans la normalisation des relations entre les deux pays.
Le rapprochement entre Alger et Bamako semble entrer dans une nouvelle phase. Après plusieurs mois de tensions diplomatiques, une visite du président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, à Alger est désormais évoquée par plusieurs médias maliens. Une éventuelle visite qui pourrait consacrer la volonté des deux pays de tourner la page de la crise et de relancer la coopération.
Selon des informations rapportées par des médias maliens, notamment Mali Média +223, le président de la Transition malienne, Assimi Goïta, aurait été invité par les autorités algériennes à effectuer une visite officielle en Algérie.
Cette éventuelle visite devrait intervenir après celle du Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, invité à Alger par son homologue algérien, Sifi Ghrieb. Une invitation qui constitue déjà un signal politique important après la période de tensions ayant fortement affecté les relations entre les deux pays.
Les récentes déclarations du président Abdelmadjid Tebboune semblent avoir contribué à créer les conditions d’une reprise du dialogue. Lors de son dernier entretien périodique avec la presse nationale, le chef de l’État algérien avait notamment pris soin de distinguer le président malien Assimi Goïta de certains membres de son entourage.
Abdelmadjid Tebboune avait estimé que le chef de la Transition malienne ne s’était jamais personnellement livré à des attaques ou à des insultes contre l’Algérie. Les tensions auraient plutôt été alimentées, selon lui, par certaines prises de position de responsables maliens, contribuant à la dégradation des relations bilatérales.
Lors de la présentation du bilan des cinq années de la Transition, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga avait, de son côté, insisté sur les liens historiques unissant les deux pays, rappelant notamment que l’Algérie et le Mali partagent une frontière de plus de 1 300 km.
Vers une sortie de crise ?
Pour le professeur de sciences politiques Mohamed Si Bachir, ce rapprochement constitue une étape importante vers une normalisation des relations algéro-maliennes. Il considère la crise récente comme un «simple nuage d’été», estimant que les intérêts géopolitiques, sécuritaires et économiques des deux pays rendent indispensable la reprise du dialogue.
Dans une intervention téléphonique sur la chaîne Le Caire News, l’analyste a expliqué qu’après la dégradation des relations avec Bamako, Alger avait privilégié une approche diplomatique progressive avec les pays du Sahel, en traitant chaque dossier séparément.
Cette démarche aurait notamment concerné le Niger, le Burkina Faso et le Tchad, avant de s’étendre au Mali. L’objectif affiché serait de privilégier des solutions africaines aux crises régionales, tout en limitant les interventions extérieures.
La relance de l’accord d’Alger
Parmi les dossiers susceptibles de revenir sur la table, figure celui de l’accord d’Alger, dénoncé par les autorités maliennes en janvier 2024.
Son éventuel retour dans les discussions ne signifierait pas nécessairement une reprise à l’identique du processus engagé auparavant. Une nouvelle formule pourrait être envisagée, adaptée à l’évolution de la situation politique et sécuritaire au Mali ainsi qu’aux nouveaux équilibres régionaux.
La question demeure, toutefois, particulièrement sensible pour Bamako, qui a fait de la souveraineté nationale et de la lutte contre les groupes armés des priorités majeures de sa politique.
La carte économique
Au-delà des questions politiques et sécuritaires, la relance des relations algéro-maliennes pourrait également s’appuyer sur un volet économique particulièrement important.
La sécurisation de la frontière commune, le développement du commerce transfrontalier, l’énergie, les infrastructures et les échanges techniques pourraient figurer parmi les principaux sujets de discussion.
Alger et Bamako pourraient également chercher à réactiver les mécanismes de concertation ainsi que les commissions mixtes afin de donner un nouvel élan aux échanges économiques et commerciaux.
Un intérêt stratégique pour Bamako
Pour le Mali, pays enclavé, le développement de nouvelles voies d’accès aux marchés régionaux et internationaux constitue un enjeu stratégique majeur.
Dans ce contexte, les infrastructures algériennes pourraient offrir à Bamako de nouvelles possibilités d’ouverture vers la Méditerranée et les marchés internationaux. La Route transsaharienne et les projets ferroviaires en direction du Grand-Sud algérien pourraient notamment jouer un rôle important dans cette perspective.
L’éventuelle visite d’Assimi Goïta à Alger pourrait ainsi dépasser le simple cadre protocolaire. Elle pourrait constituer un véritable test de la volonté politique des deux capitales de reconstruire une relation mise à rude épreuve ces dernières années.
Smail Rouha
