La mise à jour des données bancaires change de dimension en Algérie. Après l’entrée en application de la directive n° 04-2026 de la Banque d’Algérie, les établissements financiers commencent à renforcer concrètement leurs procédures de connaissance du client (KYC). Plusieurs banques, dont la CNEP-Banque et le Crédit populaire d’Algérie (CPA), invitent leurs clients à actualiser leurs dossiers.
Identité, adresse, activité, revenus, situation juridique : les banques cherchent désormais à disposer d’une photographie plus précise et surtout actualisée de leurs clients.
La CNEP-Banque a récemment rappelé à sa clientèle l’importance de la mise à jour des informations et des procédures de vérification de l’identité. De son côté, le CPA a appelé ses clients à se rapprocher de leurs agences pour actualiser leurs données.
Derrière cette démarche se trouve le dispositif KYC, qui impose aux établissements bancaires de connaître suffisamment leurs clients pour apprécier leur profil et mieux comprendre les opérations effectuées sur leurs comptes.
La mise à jour ne concerne donc pas uniquement les nouvelles ouvertures de comptes. Elle s’inscrit désormais dans le suivi régulier de la relation bancaire.
Quels documents peuvent être demandés ?
Pour les particuliers, les établissements peuvent réclamer une pièce d’identité en cours de validité, un justificatif récent de domicile ainsi que des documents permettant d’établir l’activité professionnelle et les ressources.
Selon la situation du client, ces justificatifs peuvent notamment concerner les revenus salariaux, une activité commerciale ou professionnelle ou d’autres sources de revenus déclarées.
Pour les entreprises, le contrôle va plus loin. Les banques peuvent demander les statuts actualisés, le registre du commerce, les documents d’identité du représentant légal ainsi que les informations relatives aux mandataires et aux bénéficiaires effectifs.
L’adresse de l’entreprise, son activité et son chiffre d’affaires peuvent également faire partie des informations demandées. L’objectif est de permettre à la banque de vérifier que les opérations réalisées sur le compte correspondent au profil économique déclaré.
Le renforcement du KYC ne signifie pas que chaque client devra fournir systématiquement les mêmes documents. Le principe repose sur une approche fondée sur les risques.
Le profil du client, son activité, les produits bancaires utilisés, les canaux de transaction, le volume et la fréquence des opérations ou encore certains critères géographiques peuvent déterminer le niveau de vigilance appliqué par la banque.
Une demande de justificatif supplémentaire ne constitue donc pas automatiquement un soupçon de fraude. Elle peut simplement découler des obligations de vigilance imposées à l’établissement.
La directive n° 04-2026 passe à l’étape pratique
La nouvelle dynamique est directement liée à la directive n°04-2026 de la Banque d’Algérie, datée du 30 avril 2026. Celle-ci encadre les procédures de connaissance du client applicables aux banques, aux établissements financiers et aux services financiers d’Algérie Poste.
Le texte s’inscrit dans le prolongement du règlement n°24-03 du 24 juillet 2024 relatif à la prévention et à la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive.
Une journée d’étude organisée le 18 mai 2026 par la Banque d’Algérie avait permis de présenter les nouvelles dispositions aux principaux acteurs du secteur financier.
Quelques mois plus tard, les nouvelles exigences commencent à se traduire directement dans la relation avec les clients, notamment à travers les demandes de mise à jour des dossiers.
La vigilance reste de mise
Le renforcement du KYC intervient alors que l’Algérie vient de franchir une étape importante sur le plan international. Le Gafi a annoncé, le 19 juin 2026, le retrait du pays de la liste des juridictions soumises à une surveillance renforcée, après l’achèvement de son plan d’action.
Cette décision a récompensé les progrès réalisés par l’Algérie dans le renforcement de son dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Mais cette sortie ne marque pas la fin des contrôles. Elle implique au contraire de consolider les acquis et de maintenir les mécanismes de vigilance. Le KYC figure parmi les outils essentiels de cette nouvelle phase.
Pour les banques, l’actualisation des données représente un outil de maîtrise des risques. Elle doit permettre de mieux repérer les opérations atypiques, de renforcer la traçabilité des flux et de limiter les risques de fraude.
Avec la progression des services bancaires numériques, la fiabilité des données devient également un enjeu opérationnel. Des informations obsolètes peuvent compliquer certaines vérifications et ralentir le traitement de certaines opérations.
Pour le client, le réflexe à adopter est donc simple : signaler tout changement concernant son adresse, son activité, ses revenus ou sa situation juridique et répondre aux demandes officielles de mise à jour.
Attention aux faux conseillers bancaires
Cette nouvelle vague de mises à jour pourrait, toutefois, créer un terrain favorable aux tentatives d’escroquerie.
Les clients sont donc appelés à effectuer leurs démarches uniquement auprès de leur agence ou via les canaux officiels de leur banque. Aucun code secret, mot de passe ou identifiant permettant d’accéder à un compte bancaire ne doit être communiqué en réponse à un appel ou à un message non vérifié.
Le renforcement du KYC marque ainsi une nouvelle étape pour le secteur bancaire algérien. Au-delà de la mise à jour des dossiers, il traduit la volonté des établissements de renforcer leur vigilance, de sécuriser les transactions et de répondre aux exigences croissantes en matière de conformité financière.
Assia M.
