L’Algérie paie, ces derniers temps, un lourd tribut aux accidents de la circulation. Chaque drame emporte des vies, brise des familles et laisse derrière lui une douleur que ni les statistiques ni les discours ne peuvent mesurer. Face à cette hécatombe, l’État se devait de réagir. Le renforcement de la réglementation et la promulgation d’un nouveau code de la route, plus contraignant, constituent une réponse nécessaire. Mais seront-ils suffisants ?
La fermeté est indispensable. Elle doit rappeler à chacun que conduire n’est pas un droit sans contrepartie, mais une responsabilité qui engage la vie des autres. Les excès de vitesse, les dépassements dangereux, le non-respect des règles, la conduite sous l’effet de substances ou encore les comportements irresponsables doivent être sévèrement sanctionnés. Une règle qui n’est pas appliquée perd rapidement sa portée.
Mais réduire la mortalité routière à une question de discipline des conducteurs serait une erreur. La sécurité routière ne se décrète pas uniquement dans les textes de loi. Elle se construit aussi sur les routes, dans les écoles, dans les auto-écoles, dans les ateliers de contrôle et d’entretien, et jusque dans la conception de nos villes.
Comment ignorer, en effet, la vétusté d’une partie du parc automobile avec des véhicules qui accusent parfois plusieurs décennies ? Comment ne pas s’interroger sur la formation de certains conducteurs, sur la qualité et la rigueur de l’apprentissage de la conduite, ou encore sur l’entretien réel des véhicules ? Un véhicule ancien n’est pas nécessairement dangereux s’il est correctement entretenu, mais un parc vieillissant impose davantage de contrôle, de maintenance et de vigilance.
Il faut également regarder du côté des infrastructures. Certaines routes sont dégradées, mal éclairées ou insuffisamment sécurisées. Dans de nombreuses agglomérations, l’absence de véritables plans de circulation favorise les embouteillages, les conflits entre usagers et les comportements à risque. La sécurité passe donc aussi par des routes bien conçues, entretenues, signalées et adaptées à l’évolution du trafic.
Surtout, il faut changer notre rapport collectif à la route. La prévention ne peut être une campagne ponctuelle, déclenchée après une série d’accidents, puis oubliée. Elle doit devenir une véritable politique publique, durable et coordonnée. L’école a ici un rôle essentiel : apprendre très tôt aux enfants le respect des règles, des piétons, des cyclistes et des autres usagers, c’est préparer les conducteurs de demain. Les médias, les collectivités locales, les associations, les auto-écoles, les entreprises et les professionnels du transport doivent également être mobilisés.
La sécurité routière exige enfin une action coordonnée de tous les secteurs concernés : transports, intérieur, travaux publics, éducation, santé, justice, collectivités locales, sans oublier les forces de contrôle et les acteurs de la société civile. Chacun détient une partie de la solution ; aucun ne peut, à lui seul, régler le problème.
Il ne s’agit donc pas d’opposer la répression à la prévention. Il faut les associer. Sanctionner les comportements dangereux, certes, mais agir en même temps sur les véhicules, la formation, les infrastructures, l’organisation du trafic et les mentalités.
Derrière chaque accident mortel, il y a un visage, une famille, des projets interrompus. L’objectif ne doit pas être simplement de compter les victimes avec plus de précision, mais d’en compter moins. La route n’est ni l’affaire du seul conducteur ni celle du seul État. Réduire les drames routiers est une responsabilité collective. Et cette responsabilité, nous la devons d’abord à la vie.
S.M
