La flambée soudaine du prix de la banane ravive les inquiétudes sur les mécanismes de régulation du marché des fruits en Algérie. Entre raréfaction du produit, circuits de commercialisation opaques et soupçons de spéculation, la situation relance le débat sur l’efficacité des dispositifs de contrôle et la protection du pouvoir d’achat.
La banane, largement consommée notamment par les enfants, est devenue pratiquement introuvable dans de nombreuses villes d’Algérie. Son prix a doublé en l’espace de quelques jours, atteignant jusqu’à 850 DA le kilogramme, contre environ 400 DA auparavant. Une hausse soudaine qui suscite de nombreuses interrogations, alors que les consommateurs peinent à en comprendre les véritables raisons.
Une flambée qui pénalise les consommateurs
Comme chaque année, la banane se retrouve au cœur de la polémique en Algérie. Ce fruit, déjà considéré comme difficilement accessible pour une partie des ménages, est désormais hors de portée de nombreux consommateurs. Les perturbations de l’approvisionnement, les tensions liées aux quotas d’importation et surtout les pratiques spéculatives sont régulièrement avancées pour expliquer cette flambée.
Un prix de référence
Pour dénoncer cette situation, l’Organisation nationale de défense du consommateur Himayatec est sortie de sa réserve. Dans un communiqué rendu public hier, l’organisation a tiré la sonnette d’alarme face à la hausse vertigineuse des prix de la banane et à sa raréfaction sur les étals.
Himayatec appelle ainsi les autorités compétentes à fixer des prix de référence pour ce fruit et à renforcer le contrôle du marché afin de mettre un terme aux pratiques spéculatives. Selon l’organisation, cette mesure est indispensable pour encadrer le marché et identifier les hausses injustifiées, d’autant que le prix de la banane reste directement lié aux cours et aux mécanismes du marché international.
L’opacité du circuit commercial pointée du doigt
L’organisation s’interroge également sur les véritables mécanismes de fixation des prix et pointe du doigt l’opacité du circuit de commercialisation. Elle pose notamment plusieurs questions : qui contrôle réellement le marché de la banane ? Les surcoûts apparaissent-ils dès l’étape de l’importation, s’accumulent-ils chez les grossistes et les intermédiaires ou sont-ils appliqués au stade de la vente au détail ?
Selon Himayatec, cette flambée a entraîné la disparition du produit dans de nombreux commerces, les prix pratiqués étant devenus incompatibles avec le pouvoir d’achat des citoyens. L’organisation insiste ainsi sur la nécessité de renforcer la transparence dans la fixation des marges et d’intensifier les contrôles à toutes les étapes de la commercialisation afin de protéger les consommateurs contre les abus et les pratiques spéculatives.
Des saisies qui relancent les interrogations
Cette situation intervient alors que plusieurs opérations de lutte contre la spéculation et le stockage illicite ont été menées ces derniers mois. La saisie de 34 conteneurs de bananes au port d’Annaba avait notamment suscité des interrogations sur la gestion des importations et la régulation de l’approvisionnement du marché.
En 2025, 53 importateurs de fruits, dont des opérateurs intervenant dans l’importation de bananes, avaient également fait l’objet de sanctions pour «non-respect de leurs engagements envers l’État». Le ministère du Commerce avait annoncé, dans ce cadre, des mesures juridiques pouvant aller jusqu’à l’interdiction immédiate et définitive d’exercer toute activité d’importation.
À Souk-Ahras, plus de 10 tonnes de bananes dissimulées dans un entrepôt avaient par ailleurs été saisies par les services de police. Deux personnes soupçonnées d’avoir stocké cette marchandise dans le but de la revendre à des prix élevés avaient été arrêtées.
Les fruits et légumes également touchés
La flambée ne concerne pas uniquement la banane. Depuis le début du mois d’août, les consommateurs font face à une hausse importante des prix de nombreux fruits et légumes. Même certains produits de saison sont devenus difficiles d’accès pour les ménages. Dans plusieurs marchés, les étals restent relativement bien approvisionnés, mais les prix affichés dissuadent une partie des consommateurs.
Cette nouvelle hausse intervient dans une période où les dépenses des ménages augmentent en raison de la saison estivale, des fêtes familiales, des réceptions et des sorties. La pression sur les budgets familiaux s’en trouve ainsi accentuée.
Vers un renforcement de la régulation
Au-delà de la situation actuelle, ces épisodes de flambée des prix mettent en évidence la nécessité d’améliorer les mécanismes de régulation et de contrôle du marché. Les autorités entendent renforcer la traçabilité, la transparence et la responsabilité dans le secteur de l’importation, avec pour objectif de préserver l’équilibre du marché national et de protéger le pouvoir d’achat des citoyens.
H.A
