Comme jamais auparavant, cette année, il y a une profusion exponentielle de listes dites indépendantes qui candidatent à la députation.
S’il est vrai que comme la loi (la Constitution) le permet, tout citoyen jouissant de ses droits et devoirs est libre de se porter candidat sous aucune bannière ou casquette politique, une question demeure néanmoins centrale.
Elle concerne l’après-scrutin, la chambre basse du Parlement où alliances et autres «mariages» de conjoncture et parfois contre-nature se tissent au détriment de la même «démocratie» qui consacre cette liberté électorale.
Le fonctionnement et le règlement intérieur de l’APN étant ce qu’ils sont, c’est plutôt la constitution des groupes parlementaires, donc des courants politiques à l’Assemblée, qui pose le vrai problème. Il est anormal, selon bien des formations politiques sans réel ancrage dans la société, de «caser» des élus sur des listes hétéroclites, dans un même groupe parlementaire appelé «indépendant» alors qu’ils ne disposent ni d’un même programme politique ni d’une même vision politique, et encore moins des mêmes promesses électorales locales.
Une situation qui peut aisément créer des conflits internes dans le même groupe. Exemple : un dissident du RCD qui garde généralement le même background politique du parti (au moins 3 listes y sont issues seulement à Tizi-Ouzou) peut-il s’allier ou s’acoquiner avec des transfuges du RND, du FIS dissous ou… de l’ennemi intime, le FFS, une fois élu et bien installé ?
C’est pourtant ce que permet la loi dans sa logique de constitution de groupes parlementaires que d’aucuns qualifieront d’absurde. Une hérésie, diront d’autres. Et il se pourrait d’ailleurs, problèmes et dissensions minant la quasi-totalité des partis aidant, conjugués au désert politique quasi programmé sinon imposé, qui fait que le citoyen s’éloigne de plus en plus désormais des combats partisans, que ces «indépendants» issus généralement des mêmes dissensions, disposent d’une majorité relative au Parlement.
Une éventualité de plus en plus «certaine» qui devrait donner des idées au législateur appelé à prendre ce cas de figure en compte. Nous n’avons sûrement pas l’intention ni le droit de dénier à un citoyen le droit de prétendre à la députation. Notre propos, au contraire, va dans le sens de la défense du droit de l’élu.
Sa liberté à exercer son droit dans les meilleures dispositions possibles. Dans la plénitude de ses convictions sans qu’il soit obligé de composer avec le diable ou de s’avouer vaincu devant une situation inédite où l’argent commande au détriment de ce que le peuple demande : transparence, franchise, honnêteté. La majorité n’a pas toujours signifié démocratie. Et ça se confirme de plus en plus.
Saïd Mekla
