Le rapprochement engagé entre Alger et Paris depuis plus d’un mois entre désormais dans une phase concrète, marquée par des gestes d’apaisement et une reprise progressive du dialogue.
Lundi, les autorités algériennes ont autorisé le consul de France à Alger, Bruno Clerc, à rendre visite au journaliste sportif Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison et détenu depuis près d’un an à la prison de Koléa.
«La visite a eu lieu hier et a été conduite par Bruno Clerc, consul de France à Alger», a déclaré, à l’AFP, Thibaud Bruttin, directeur général de RSF, ajoutant que «Christophe a la santé et le moral».
La mère du journaliste, Sylvie Godard, s’était félicitée lundi dernier sur TV5 Monde de cette annonce, y voyant «une nouvelle avancée dans les relations franco-algériennes et sur le dossier de Christophe». Elle a également exprimé l’espoir de voir intervenir «des développements très positifs pour le retour de Christophe en France» d’ici à la fin du mois de mai.
Le retrait du pourvoi en cassation
Dans une déclaration à l’AFP, la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo, a salué la tenue de cette visite ainsi que «les nouvelles rassurantes apportées par sa famille». Sa visite à Alger avait notamment pour objectif de «nouer des relations confiantes et prometteuses» et de «restaurer un dialogue efficace» avec les autorités algériennes, après deux années de crise diplomatique, selon l’Élysée.
Arrêté en mai 2024 dans le cadre d’un reportage en Kabylie, Christophe Gleizes a été condamné en appel début décembre à sept ans de prison. Sa famille a annoncé la semaine dernière qu’il avait retiré en mars son pourvoi en cassation. Cette décision est interprétée comme une démarche visant à ouvrir la voie à une éventuelle grâce présidentielle.
«On espère vraiment que d’ici à la fin mai, il y aura des développements très positifs pour le retour de Christophe en France», a déclaré sa mère.
Un réchauffement progressif entre Alger et Paris
Cette visite intervient dans un contexte de réchauffement diplomatique entre la France et l’Algérie, après près de deux années de tensions. La venue d’Alice Rufo à Alger visait, selon l’Élysée, à «nouer des relations confiantes et prometteuses» et à «restaurer un dialogue efficace».
Les relations entre Alger et Paris connaissent actuellement une phase de détente marquée par le retour de l’ambassadeur de France à Alger et par une reprise progressive de la coopération sécuritaire. Cette évolution fait suite à plusieurs différends portant notamment sur l’immigration, les visas et les questions mémorielles, même si le dossier des accords de 1968 demeure sensible.
Une relance de la coopération sécuritaire est également amorcée, notamment après la visite du ministre délégué à la Sécurité, Laurent Nuñez, en février 2026. Les tensions autour des laissez-passer consulaires liés aux OQTF et des restrictions de visas semblent également s’atténuer.
La question mémorielle toujours sensible
La réconciliation entre la France et l’Algérie paraît ainsi entrer dans une nouvelle phase d’apaisement, marquée par plusieurs gestes symboliques. La France a notamment reconnu sa responsabilité dans les massacres de 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata, un geste salué par Alger.
Alice Rufo a estimé qu’il fallait avoir «le courage de regarder l’histoire en face, dans le respect de toutes les mémoires». De son côté, le général d’armée Saïd Chengriha, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, a souligné «la nécessité pour Alger et Paris de dépasser les séquelles du passé colonial», tout en rappelant que cette mémoire ne pouvait être effacée.
«Il incombe aux deux pays d’œuvrer conjointement pour dépasser les séquelles du passé colonial tragique, sans pour autant l’oublier, et d’aspirer à un avenir fondé sur le respect mutuel», a-t-il déclaré.
La France est représentée en Algérie par une ambassade, trois consulats généraux (Alger, Annaba et Oran) ainsi que cinq Instituts français situés à Alger, Constantine, Tlemcen, Oran et Annaba.
H.A
