Entre crispations diplomatiques et intérêts stratégiques communs, le président français tente de remettre sur les rails la relation franco-algérienne en plaidant pour un dialogue apaisé.
À un an de son fin de mandat, Emmanuel Macron tente de relancer le dialogue avec l’Algérie, après près de deux années de tensions diplomatiques. Entre gestes symboliques et reprise progressive de la coopération bilatérale, Paris cherche àéviter une rupture durable avec Alger, partenaire stratégique sur les questions migratoires, sécuritaires et économiques.
Au lendemain de son appel à l’apaisement, Emmanuel Macron est revenu à la charge. Dans un entretien accordé au magazine Africa Report, il a réitéré son souhait de renforcer les liens avec l’Algérie.
Le président français pointe, sans détour, les blocages politiques des deux côtés de la Méditerranée. En France, il vise notamment l’extrême droite, qu’il accuse de freiner tout rapprochement. En Algérie également, certaines forces seraient peu enclines à un apaisement durable.
Évoquant des résistances au sein de la classe politique française, il indique qu’«une partie de celle-ci ne souhaite pas que les choses s’arrangent», tout en ajoutant que «de même, une partie de la classe politique algérienne ne souhaite pas de bonnes relations avec la France». Le président français cherche ainsi àéquilibrer son propos. Il réaffirme, par ailleurs, que le rétablissement de relations apaisées relève d’un intérêt mutuel.
Pour Emmanuel Macron, la période de crispation actuelle a fragilisé les deux pays. Elle pénalise leurs intérêts économiques et complique la gestion de dossiers sensibles tels que l’immigration clandestine et la lutte contre le terrorisme.
«Cela nous affaiblit tous les deux», résume-t-il, insistant sur le fait que «d’un point de vue pragmatique, il est dans l’intérêt de la France de s’entendre avec l’Algérie, et dans l’intérêt de l’Algérie de s’entendre avec la France. Et lorsque nous sommes en désaccord, nous devons dialoguer», tout en reconnaissant que cette confrontation, ayant conduit les deux gouvernements à se replier sur eux-mêmes, «ne sert les intérêts d’aucune des deux parties».
Une stratégie de continuité diplomatique
Sans imputer directement la responsabilité à l’Élysée, malgré une proximité passée avec certains discours portés par son ancien ministre Bruno Retailleau, Emmanuel Macron reconnaît, toutefois, que ce climat tendu réduit les marges de manœuvre diplomatiques et économiques.
«Cette situation réduit les initiatives économiques ainsi que la capacité à traiter efficacement les enjeux migratoires et sécuritaires», note-t-il, précisant qu’«en résumé, elle nous a affaiblis tous les deux».
Ce discours s’inscrit dans la continuité de ses déclarations de la veille, lorsqu’il plaidait pour une relation «apaisée», éloignée des débats de politique intérieure française. La présidence française affirme vouloir traiter la relation franco-algérienne avec «honnêteté» et dans le respect des différentes mémoires liées à l’histoire coloniale et à la guerre d’Algérie.
Pour Paris, cette reprise du dialogue doit permettre d’obtenir des résultats concrets sur les dossiers migratoires et sécuritaires. Les autorités françaises soulignent, toutefois, qu’il s’agit d’un
«dialogue exigeant mais nécessaire» entre deux États souverains.
Une relation encore sous tension
Se présentant comme le président français ayant le plus œuvré à la réconciliation avec l’Algérie depuis 2017, Emmanuel Macron affirme avoir multiplié les gestes d’apaisement : reconnaissance de certaines responsabilités historiques, discours adressés aux harkis, aux pieds-noirs et aux Franco-Algériens, ainsi qu’un dispositif d’excuses officielles et de réparations financières accordé aux harkis en 2021, sans aller jusqu’à une repentance officielle envers l’Algérie.
En France, cette stratégie divise. Des personnalités comme Dominique de Villepin, Jean-Luc Mélenchon ou Ségolène Royal saluent une approche fondée sur le dialogue et la mémoire. À l’inverse, une partie de la droite et de l’extrême droite dénonce une attitude jugée trop conciliante envers Alger.
Au-delà des déclarations diplomatiques, les relations franco-algériennes restent marquées par des contentieux persistants : mémoire coloniale, politique migratoire et coopération sécuritaire. Malgré ces tensions, Paris et Alger semblent aujourd’hui privilégier une logique de coopération pragmatique, dictée par des intérêts communs dans un contexte régional instable. Mais du côté algérien, le silence demeure.
Smail Rouha
