Le procès des accusés impliqués dans le transfert illégal de produits pharmaceutiques vers l’étranger a de nouveau été renvoyé hier par le président de la chambre pénale près la cour d’appel d’Alger. C’est la deuxième fois en vingt jours que cette affaire est reportée, en raison de l’absence des avocats de la défense. L’audience, qui devait se tenir dans la salle 1 de la cour d’Alger, fait suite à une cassation prononcée par la Cour suprême après le pourvoi introduit par les avocats des prévenus. Les juges de la plus haute instance ont estimé que le procès en appel de 2013 comportait plusieurs anomalies de procédure, notamment l’absence de questions individualisées pour chaque accusé, ce qui justifie la reprise du dossier.
De graves accusations
Lors du premier procès, le procureur général avait requis l’aggravation des peines, estimant que les preuves étaient formelles. Les accusés sont poursuivis pour association de malfaiteurs, dilapidation de deniers publics, faux et usage de faux et surfacturation. Selon le dossier, ils auraient détourné des quantités importantes de médicaments hospitaliers destinés à des patients atteints de maladies chroniques pour les acheminer vers le Maroc et la Tunisie. Les saisies effectuées lors de l’enquête font état de 60 boîtes de Profil, 10 flacons d’anesthésie et 180 unités de fil chirurgical, des produits souvent rares dans les hôpitaux publics. Le préjudice financier causé à l’institution hospitalière dépasse 2 millions de dinars, selon l’évaluation des services de la police judiciaire de la sûreté d’Alger.
Un réseau bien organisé
Les investigations ont révélé l’existence d’un réseau actif au sein même de l’hôpital, impliquant un pharmacien, un médecin, un infirmier et un agent de sécurité. Ces derniers auraient profité des fins de semaine pour détourner les produits, en l’absence de leur hiérarchie. L’un des inculpés avait d’ailleurs été interpellé à la gare d’Agha, à bord d’un train en provenance d’Oran, en possession de 54 boîtes de Norev, un médicament utilisé dans des opérations chirurgicales complexes.
Les enquêteurs ont également découvert l’utilisation de prête-noms, dont celui d’un ressortissant yéménite, pour masquer la véritable identité des bénéficiaires à l’étranger. Les investigations n’ont toutefois pas permis de remonter l’ensemble de la filière. Lors du premier jugement, la présidente du pôle judiciaire du tribunal de Sidi M’hamed avait prononcé des peines allant de trois à sept ans de prison ferme et des amendes entre 200 000 et 500 000 dinars à l’encontre des cinq accusés. Certains d’entre eux ont déjà purgé leur peine à la prison d’El-Harrach, mais la cassation du jugement rouvre le dossier, leur permettant de faire valoir à nouveau leur défense. Les mis en cause ont toujours nié les faits, affirmant être victimes de règlements de comptes internes à l’hôpital. Ils soutiennent que les accusations portées contre eux reposent sur des manipulations orchestrées par d’anciens responsables de l’établissement. Cette affaire, qui touche directement le secteur pharmaceutique hospitalier, illustre les failles du système de contrôle des médicaments et la vulnérabilité des circuits de distribution.
Les produits détournés, destinés à des patients asthmatiques et cancéreux, ont alimenté un trafic transfrontalier particulièrement lucratif. Le renvoi du procès laisse en suspens une affaire emblématique de la corruption dans le domaine de la santé publique, dans l’attente d’un nouveau jugement après cassation.
R.H.
