Dans de nombreux quartiers, la propagation des stupéfiants alimente une nouvelle forme de délinquance, caractérisée par l’usage d’armes blanches et la multiplication d’agressions violentes.
À l’heure où la criminalité urbaine et la prolifération des drogues menacent la cohésion sociale, les pouvoirs publics misent sur une arme aussi simple qu’efficace : la conscience citoyenne. Loin d’être un simple concept moral, elle devient un pilier de la sécurité collective, incarnant une nouvelle forme de participation civique où chaque signalement compte. C’est dans cet esprit que le ministre de la Justice et garde des Sceaux, Lotfi Boudjemâa, a rendu hommage à la vigilance du peuple algérien, saluant une population « qui prouve son amour du pays par son engagement à protéger la société des dérives et des crimes ».
En séance plénière à l’Assemblée populaire nationale consacrée aux questions orales, le ministre a tenu à mettre en valeur le rôle des citoyens dans la lutte contre la criminalité, rappelant que les signalements d’atteintes à la société, lorsqu’ils sont « précis et objectifs », sont systématiquement pris en considération par la justice. Il a souligné que ces initiatives contribuent à renforcer la sécurité publique, en soutenant les efforts de la police et de la gendarmerie sur le terrain. Le ministre a précisé que le signalement peut se faire par téléphone, par écrit ou via les réseaux sociaux, citant à titre d’exemple l’affaire du criminel Hicham El Wahrani, résolue grâce à la réactivité citoyenne. Cette coopération entre population et institutions démontre, selon lui, « qu’une société vigilante est une société plus sûre ».
Lotfi Boujemâa a également rappelé que la loi protège les lanceurs d’alerte, notamment dans les affaires de corruption, grâce à des mesures procédurales et non procédurales : protection de l’identité, audition sous anonymat, mise à disposition de lignes téléphoniques dédiées et, si nécessaire, protection physique rapprochée.
Dans cette optique, le ministère de la Justice prépare un texte réglementaire visant à encourager davantage les dénonciations. Ce texte prévoit des récompenses financières pour les signalements liés aux affaires de stupéfiants. En matière de contrebande, les dénonciateurs pourront être exemptés de poursuites ou bénéficier d’une réduction de peine, à condition d’avoir coopéré avant le lancement des procédures judiciaires.
Cette approche incitative s’inscrit dans une stratégie globale de moralisation de la vie publique et de lutte contre la criminalité sous toutes ses formes. Dans le prolongement, le ministre a évoqué la stratégie nationale de lutte contre la drogue et de prévention, élaborée conformément aux orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Ce plan d’action combine prévention, dépistage et répression, en ciblant notamment la jeunesse et le milieu professionnel.
Mercredi, le Gouvernement a examiné deux projets de décrets exécutifs relatifs à la prévention et au dépistage de l’usage de stupéfiants et de substances psychotropes dans les établissements d’éducation et les entreprises publiques et privées. Ces textes s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale 2025-2029, dont l’objectif est clair : protéger les enfants, les jeunes et les travailleurs contre ce fléau qui fragilise le tissu social et alimente l’insécurité.
Quand la drogue alimente la criminalité urbaine
Mais la lutte contre la drogue dépasse la seule dimension sanitaire. Elle touche directement à la sécurité publique. Dans plusieurs quartiers du pays, la prolifération des stupéfiants nourrit un nouveau type de banditisme, souvent marqué par l’usage d’armes blanches et d’agressions violentes. Ce phénomène, en expansion, inquiète les familles et perturbe la tranquillité publique. De nombreux citoyens réclament désormais des peines exemplaires contre ces groupes criminels qui profitent de la marginalité et du désœuvrement des jeunes.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour appeler à un renforcement des patrouilles dans les zones urbaines et périurbaines, notamment par le biais des agents locaux, familiers des quartiers et de leurs habitants. Leur présence dissuasive et leur connaissance du terrain en font des acteurs clés du dispositif de prévention.
Ces agents, véritables vigies de proximité, peuvent jouer un rôle complémentaire essentiel aux côtés des forces de sécurité, notamment dans le cadre du plan gouvernemental 2029. Leur implication directe, combinée à une meilleure coordination institutionnelle, pourrait constituer un tournant décisif dans la lutte contre la criminalité de rue et la diffusion des drogues.
En conclusion, la sécurité nationale ne se décrète pas : elle se construit, jour après jour, par la participation de tous. En valorisant la conscience citoyenne et en protégeant ceux qui osent dénoncer, l’État entend renforcer la confiance entre institutions et citoyens. Car c’est dans cette alliance – entre la vigilance populaire et la rigueur de la loi – que réside la véritable garantie d’une société paisible, unie et résolument tournée vers l’avenir.
Assia M.
