Cette interpellation intervient quelques semaines après la relance des échanges entre les deux pays dans la lutte contre la criminalité organisée.
La coopération judiciaire entre l’Algérie et la France est aujourd’hui une réalité bien tangible, marquant la volonté de tourner la page de deux années de tensions bilatérales. Depuis la visite à Alger, à la mi-mai, du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, les canaux de communication entre les deux ministères semblent avoir repris de plus belle.
Selon l’entourage de Gérald Darmanin, plusieurs sujets ont été abordés, notamment la coopération judiciaire en matière pénale, en particulier la lutte contre la criminalité organisée. Les deux parties ont discuté de plusieurs dossiers, dont celui de la DZ Mafia, des biens mal acquis ainsi que de la coopération judiciaire civile.
En juin dernier, le ministre algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, en visite à Paris, a poursuivi avec son homologue français, Laurent Nuñez, les échanges sur l’ensemble des sujets liés à la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.
Après deux années d’interruption quasi totale des relations, les deux pays viennent d’acter une « reprise concrète » de leur coopération judiciaire opérationnelle avec l’arrestation, fin juillet à Alger, du chef présumé de l’organisation criminelle DZ Mafia, Mehdi Laribi.
Longtemps recherché par la police française, Mehdi Laribi, qui était en fuite depuis plusieurs années, a été arrêté fin juillet par les autorités algériennes et immédiatement placé sous contrôle judiciaire. Il n’a toutefois pas été placé en détention.
L’information a été confirmée hier par le ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, qui a remercié les autorités algériennes d’avoir arrêté cette « cible prioritaire » et salué une « avancée » dans la coopération judiciaire entre les deux pays.
« Une cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée a été interpellée en Algérie. Merci aux autorités algériennes pour cette avancée et cette coopération en lien avec le parquet national anti-criminalité organisée (PNACO) et le parquet de Marseille », a écrit Gérald Darmanin sur X.
L’enquête « Octopus » au cœur du dossier
L’arrestation de Mehdi Laribi intervient deux mois et demi après la visite de Gérald Darmanin en Algérie, à la mi-mai, à l’issue de laquelle les deux pays étaient convenus de relancer leur coopération judiciaire.
Originaire de Marseille, Mehdi Laribi, surnommé « Tic », est présenté par les enquêteurs comme l’un des membres fondateurs et dirigeants de la DZ Mafia. Il a été interpellé en exécution d’un mandat d’arrêt délivré par les juges d’instruction marseillais chargés du dossier « Octopus ».
Parmi les autres mis en cause figurent plusieurs chefs présumés de la DZ Mafia, dont Amine Oualane et Gabriel Ory, déjà détenus à l’époque et soupçonnés de piloter leurs activités criminelles depuis leur lieu de détention.
Mehdi Laribi est considéré comme l’un des fondateurs de cette organisation, qui contrôle une partie du trafic de drogue à Marseille et dont les activités se sont étendues à d’autres villes françaises. Il était en fuite depuis plusieurs années.
Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt émis dans le cadre de la vaste enquête baptisée « Octopus », conduite par la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Marseille. Les investigations avaient conduit à un important coup de filet dans le sud de la France en mars, mobilisant quelque 900 gendarmes. Une quarantaine de personnes avaient été interpellées, dont 26 mises en examen.
Parmi elles figuraient plusieurs chefs présumés de la DZ Mafia, déjà incarcérés à l’époque et soupçonnés de continuer à diriger leurs activités criminelles depuis leur cellule.
Gérald Darmanin avait effectué, en mai, une visite à Alger afin d’évoquer notamment la coopération entre les deux pays dans la lutte contre la DZ Mafia. La justice française a, depuis, formulé une dizaine de demandes d’entraide judiciaire visant des dirigeants présumés de l’organisation qui se trouveraient de l’autre côté de la Méditerranée.
Une organisation au-delà du trafic de stupéfiants
Les activités de cette organisation criminelle, dépourvue de hiérarchie véritablement structurée selon des sources policières, se sont diversifiées au-delà du trafic de stupéfiants, notamment vers l’extorsion de commerçants.
Mehdi Laribi est poursuivi pour direction d’un groupement ayant pour objet le trafic de stupéfiants, un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité, mais également pour infractions à la législation sur les stupéfiants, association de malfaiteurs et blanchiment, précise le procureur Nicolas Bessone.
Alors que Mehdi Laribi était en fuite depuis plusieurs années, la justice française a multiplié les démarches. Une dizaine de demandes d’entraide judiciaire ont ainsi été formulées afin de cibler d’autres dirigeants présumés de la DZ Mafia, soupçonnés de s’être réfugiés en Algérie.
La question qui se pose aujourd’hui est la suivante : la France fera-t-elle preuve de la même coopération à l’égard des personnes poursuivies par la justice algérienne et résidant sur son territoire ? Le renforcement récent de l’ambassade d’Algérie à Paris, avec l’arrivée d’un magistrat chargé de relancer l’entraide judiciaire entre les deux pays, laisse-t-il présager une avancée notable dans cette coopération judiciaire ?
H. Adryen
