L’accord algéro-français de 1968 s’invite dans la bataille présidentielle française de 2027.
À l’approche de l’élection présidentielle française de 2027, l’accord algéro-français de 1968 s’impose de nouveau comme un sujet majeur du débat politique en France. La droite et l’extrême droite réclament sa dénonciation ou sa renégociation, tandis que la gauche s’oppose à toute remise en cause de ce cadre bilatéral.
Lors du premier débat organisé jeudi dernier par le Medef entre les sept candidats déclarés à la présidentielle de 2027, les différentes formations ont clairement affiché leurs positions sur cet accord. Le Rassemblement national (RN) et Les Républicains (LR) se sont montrés parmi les plus virulents, estimant que le texte accorde aux ressortissants algériens un régime plus favorable que celui appliqué aux autres étrangers en matière de séjour, d’accès aux titres de séjour de dix ans et de regroupement familial.
Jordan Bardella et Marine Le Pen ont ainsi fait de la dénonciation de l’accord un engagement politique pour 2027. Jordan Bardella estime notamment nécessaire de «repartir sur des bases saines» et d’abolir, dès le printemps 2027, ce qu’il considère comme des privilèges liés à l’accord de 1968.
À droite, Édouard Philippe et Gérard Larcher ont également remis en question ce dispositif. Ils mettent notamment en avant le coût des prestations sociales ainsi que les difficultés liées à l’exécution des obligations de quitter le territoire français (OQTF), reprochant à Alger une coopération insuffisante dans la délivrance des laissez-passer consulaires. Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau se prononcent également en faveur de la fin de cet accord.
Au sein de la majorité, le discours se veut toutefois plus nuancé. Certains responsables mettent en garde contre une rupture unilatérale immédiate, compte tenu de ses conséquences diplomatiques et économiques potentielles, tout en considérant que le texte doit être réexaminé. D’autres plaident pour une renégociation globale afin de l’adapter aux réalités actuelles et de renforcer la réciprocité, notamment en matière de visas.
La gauche défend le maintien de l’accord
À gauche, la position est nettement différente. François Hollande et plusieurs responsables de gauche dénoncent l’utilisation de l’accord de 1968 comme instrument de surenchère politique à l’approche de la présidentielle. La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS) et Les Écologistes s’opposent fermement à sa remise en cause, estimant qu’une dénonciation unilatérale risquerait de détériorer davantage les relations entre Paris et Alger sans régler les difficultés liées à la politique migratoire.
Le débat dépasse désormais le seul cadre des partis politiques. En novembre 2025, une proposition de résolution du Rassemblement national appelant à la dénonciation de l’accord avait été adoptée de justesse par l’Assemblée nationale. Ce vote, essentiellement symbolique, avait néanmoins illustré la volonté d’une partie de la classe politique française de soumettre les ressortissants algériens au droit commun applicable aux autres étrangers.
Alger maintient une position prudente
Côté algérien, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, avait qualifié cette initiative d’«affaire interne» à la France. Dans un entretien accordé à la chaîne AL24, il avait estimé qu’il était regrettable de voir «l’histoire d’un autre pays, indépendant, souverain» devenir un objet de compétition électorale en France.
Ahmed Attaf avait, toutefois, rappelé que l’accord de 1968 étant un accord intergouvernemental et international, toute éventuelle évolution relève d’une démarche entre les deux gouvernements et concernerait directement l’Algérie. Il avait souligné que jusque-là, le gouvernement français n’avait officiellement saisi Alger d’aucune démarche en ce sens.
Depuis, les deux pays ont toutefois convenu d’ouvrir le dossier. À l’issue des échanges entre les délégations algérienne et française, lors de la visite à Paris du ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, les deux parties ont décidé de travailler sur la base de propositions concrètes qui doivent être formulées par la partie française afin de faire évoluer l’accord de 1968.
Les discussions portent également sur le renforcement des mécanismes de coopération migratoire, notamment la gouvernance et les canaux de communication opérationnels, les mobilités légales, les retours et la lutte contre l’immigration irrégulière. Les deux parties ont fait état d’une reprise de la coopération et d’une mobilisation accrue des consulats algériens en France afin de faciliter les procédures de retour.
Un accord au cœur des relations bilatérales
Signé le 27 décembre 1968, six ans après l’indépendance de l’Algérie, l’accord algéro-français encadre les conditions de circulation, de séjour et d’emploi des ressortissants algériens en France. Il leur accorde un régime spécifique, notamment pour l’accès à certains titres de séjour et au regroupement familial.
Sa révision constitue une demande française formulée depuis 2024, dans un contexte marqué par une longue crise diplomatique entre les deux pays, entamée à l’été de la même année.
À moins d’un an de la présidentielle française de 2027, l’accord de 1968 se retrouve ainsi au croisement des débats sur l’immigration, les relations algéro-françaises et les rapports entre Paris et Alger. Les positions restent profondément divergentes au sein de la classe politique française, faisant de cet accord un enjeu de plus en plus présent dans la perspective de l’élection présidentielle.
H. Adryen
