Depuis plus d’un siècle, la fontaine d’Aïn El-Fouara trône fièrement au centre-ville, figure de pierre devenue l’un des emblèmes les plus reconnaissables d’Algérie.
Par S. M.
Œuvre du sculpteur Francis de Saint-Vidal, installée en 1898, elle a traversé les époques, les régimes et les bouleversements politiques. Et, à chaque tentative de destruction, c’est le peuple lui-même qui s’y interpose.
Dernier épisode en date : l’agression récente contre la statue par un individu isolé, visiblement animé par une vision marginale de la religion. Si le geste est condamnable et choque, il est faux d’en faire, comme le suggère le vendu Kamel Daoud, la preuve d’un islamisme généralisé qui minerait toute la société algérienne.
L’Algérie est une République qui, dans sa Constitution, consacre la tolérance, la liberté de culte et le respect du patrimoine. L’acte isolé de cet homme n’est en aucun cas le reflet d’une société entière. La réaction populaire en témoigne : ce sont des citoyens ordinaires qui ont maîtrisé l’assaillant et empêché la destruction de la statue.
Cette mobilisation spontanée démontre qu’une large majorité d’Algériens, loin de tout extrémisme, tiennent à préserver leur histoire, qu’elle soit précoloniale, coloniale ou postindépendance. La statue d’Aïn El-Fouara n’est pas seulement un héritage artistique, elle est un point de repère identitaire pour la ville, un lieu de mémoire et de rassemblement.
Une lecture biaisée qui stigmatise
Dans sa chronique, Kamel Daoud inscrit l’attaque contre la statue dans une grille de lecture globale : il y voit la répétition d’une logique «islamiste» qui s’étendrait de Jakarta à Tanger, assimilant ce fait divers à une guerre culturelle contre toute représentation figurative.
Or, ignorer la réalité du terrain – à savoir l’isolement de l’acte et l’opposition massive qu’il a suscité – revient à déformer les faits. Cette approche contribue à stigmatiser non seulement la société algérienne dans son ensemble, mais aussi la femme algérienne, indirectement associée à un contexte de répression qui ne correspond pas à la réalité quotidienne vécue par la majorité.
L’arme des amalgames
En reliant l’affaire de Sétif à une supposée «ambiance islamiste» nationale, la chronique joue sur l’amalgame : un geste insensé devient prétexte à peindre un pays entier sous les couleurs de l’intolérance.
Pourtant, les Algériens, toutes générations confondues, ont prouvé à maintes reprises qu’ils savent défendre leur patrimoine, qu’il s’agisse de monuments, de musées ou de traditions. La statue d’Aïn El-Fouara a survécu, non grâce à un regard extérieur alarmiste, mais parce que la population locale a agi, concrètement et immédiatement.
Aujourd’hui encore classée sur la liste des biens culturels protégés depuis 1999, la fontaine continue d’être restaurée et entretenue par les autorités, en collaboration avec les habitants. Elle n’est pas le symbole d’un affrontement idéologique, mais celui d’une ville fière de ses repères, capable de résister aux tentatives de division.
En définitive, si l’attaque mérite d’être dénoncée, elle ne saurait servir de tremplin à une campagne de dénigrement d’une nation qui, dans son immense majorité, reste profondément attachée à la tolérance, au respect des différences et à la protection de son héritage. La véritable histoire d’Aïn El-Fouara, c’est celle d’une statue sauvée par le peuple – et non celle d’un pays pris dans un prétendu engrenage de radicalisation.
Encore une fois, la statue d’Aïn El-Fouara, joyau historique de Sétif, a été la cible d’un acte de vandalisme. Et encore une fois, ce ne sont ni des discours ni des polémiques qui l’ont sauvée, mais les citoyens eux-mêmes.
Kamel Daoud y voit la confirmation d’un islamisme rampant qui rongerait l’Algérie. Il se trompe. Cet acte n’est pas le symptôme d’une nation malade, mais l’œuvre d’un individu isolé. L’écrasante majorité des Algériens a réagi avec indignation, empêchant la destruction de ce symbole.
Réduire l’Algérie à un cliché d’intolérance, c’est ignorer la vérité du terrain : un peuple uni qui, au-delà de toute idée reçue, sait se lever pour préserver ses repères.
Aïn El-Fouara ne tient pas grâce à des prophètes de malheur, mais grâce à ses gardiens les plus légitimes : les Algériens.
- M.
