L’afflux inédit de migrants vers l’enclave espagnole de Ceuta, où 19 personnes ont déjà perdu la vie en tentant la traversée selon la presse espagnole, déclenche une crise diplomatique et sécuritaire.
La situation est en effet tendue à Ceuta. Selon le quotidien El País qui se fait l’écho des forces de sécurité, plus de 40 000 migrants sont entrés illégalement ces derniers jours dans l’enclave espagnole de seulement 19 kilomètres carrés, coincée entre le Maroc et la mer.
«Ce chiffre dépasse largement celui enregistré lors de la précédente crise migratoire dans la ville autonome, en mai 2021, où l’on estimait que plus de 10 000 migrants avaient contourné les contrôles frontaliers».
Alors que le bilan des migrants décédés en tentant de rejoindre l’enclave à la nage s’élève désormais à 19 selon le média espagnol, ce début de crise décrit par les autorités régionales comme une «urgence humanitaire et sociale absolue» a rapidement pris une dimension européenne.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui s’est déjà entretenu avec le roi Felipe VI à ce sujet, est attendu ce vendredi sur le territoire autonome en pleine lumière.
Le ton monte entre Madrid et Rome
La présidente du Conseil des ministres d’Italie, Giorgia Meloni, n’a pas tardé à s’emparer de l’affaire, dénonçant les «images choquantes» de Ceuta et appelant à «des mesures exceptionnelles […], comme la suspension de l’accord de Schengen avec l’Espagne».
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, lui a répondu, dénonçant la «démagogie» de Rome, annonçant par la même occasion la convocation ce jour de l’ambassadeur d’Italie à Madrid en guise de protestation.
Selon le gouvernement espagnol, cette nouvelle vague de passages vers Ceuta trouve son origine dans une décision rendue le 8 juillet par la Cour suprême. Madrid estime que cet arrêt a été exploité par les réseaux de passeurs, qui auraient intensifié leurs activités.
La haute juridiction examinait le recours d’un ressortissant algérien qui contestait sa remise aux autorités marocaines après avoir été intercepté en mer, en novembre 2024, alors qu’il tentait de rejoindre Ceuta à la nage avec deux autres personnes.
Dans sa décision, la Cour suprême a jugé que le refoulement immédiat des migrants arrivant par voie maritime vers Ceuta ou Melilla n’était pas légalement possible, contrairement aux personnes franchissant illégalement la frontière terrestre. «Cette décision de justice a encouragé les migrants à tenter leur chance par la mer pour rejoindre Ceuta», analyse dans les colonnes du Monde Jamila El Abboudi, militante de l’Association marocaine des droits humains (AMDH).
R.I
