Le chef d’Etat français a exprimé sa disponible pour un «échange» avec le président Tebboune, estimant que cela pourrait permettre d’avancer sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la question migratoire».
Une rencontre entre les présidents Tebboune et Macron est évoquée avec insistance lors sommet du G20 en Afrique du Sud, qui doit se tenir les 22 et 23 novembre à Johannesburg en Afrique du Sud. Le président français s’est dit «disponible» pour un «échange» avec le président Tebboune dans la capitale sud-africaine estimant que «cela pourrait permettre d’avancer sur plusieurs dossiers sensibles, notamment la question migratoire» a-t-il a indiqué avant-hier lors d’une conférence de presse à Berlin. Interrogé sur la possibilité d’une rencontre en marge du G20, il a rappelé l’état d’esprit dans lequel il souhaite engager le dialogue. «Je tiens à ce que la France soit respectée et à ce qu’elle mène un dialogue sérieux, calme et exigeant», a-t-il dit, avant d’ajouter : «et donc, si ces conditions sont remplies et qu’on peut obtenir des résultats, je suis disponible évidemment à tout échange à mon niveau». Le président français a également indiqué que «nos équipes diplomatiques» sont «en train de travailler à cela», tout en affirmant : «mon souhait, c’est que nous puissions avancer pour à la fois être plus efficaces sur les grandes questions économiques, sécuritaires, migratoires, afin d’œuvrer ensemble et de défendre chacun dans notre rôle».
Une nouvelle phase
Depuis quelques semaines, les signaux montrent une tentative de rapprochement entre Alger et Paris. Le changement de gouvernement en France début octobre semble avoir ouvert une nouvelle phase, marquée par l’arrivée de Laurent Nunez au ministère de l’Intérieur. À Alger, le même jour où Macron s’exprimait à Berlin, le ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf a tenu une conférence de presse. Il y est revenu sur les relations avec la France, évoquant un «processus de contacts» actuellement en cours. Il a précisé que cette dynamique n’avait aucun lien avec la grâce accordée à l’écrivain.
Répondant à une question sur d’éventuelles initiatives visant à relancer le dialogue entre les deux capitales, Ahmed Attaf a déclaré : «S’il y a des choses qui se passent, permettez-moi de vous dire que je n’en aurais pas eu vent, je suis un acteur». Il poursuit : «Il n’y a pas d’initiative majeure, il y a un processus de contacts qui est en train de s’organiser entre l’Algérie et la France, sans plus». A ses signaux d’apaisement déjà nombreux envers Alger ces dernières semaines, la France officielle semble désormais résolue à tourner la page de la crise qui dure depuis plus d’une année avec l’Algérie. C’est désormais le président français, lui-même qui a envoyé un nouveau signal fort en annonçant son intention de reprendre langue avec l’Algérie.
Soulagement des opérateurs économiques
Ces retrouvailles semblent réjouir les milieux économiques français puisque le président de la CCIAF, Michel Bisac, s’attend à des retombées sur les entreprises françaises et un dégel dans les relations entre l’Algérie et la France. Dans un entretien accordé au site électronique TSA dans son édition d’hier, il explique aussi les raisons de la baisse des exportations françaises vers l’Algérie.
«Actuellement les entreprises françaises sont très heureuses de l’orientation que prennent les relations de nos deux pays, car nous venons de vivre deux années extrêmement difficiles, et aujourd’hui, ce que nous attendons c’est cette amélioration que nous sentons venir, que nous avons vu d’abord par des signaux faibles, puis par des signaux très forts. Nous attendons une reprise des relations, et surtout à notre niveau, des relations économiques mais nous savons que cela passe d’abord par la relation politique. En attendant, nous patientons et nous sommes pleins d’espoir» dit-il. Plus loin, il ajoute que depuis le 1er janvier 2025 à ce jour, « nous avons accompagné 52 entreprises françaises dans leurs démarches de développement en Algérie (…) Je vous donne quelques exemples d’entreprises qui sont déplacées en Algérie lors de différentes rencontres : 18 entreprises françaises spécialisées dans l’industrie pharmaceutiques et des équipements et dispositifs médicaux, à l’instar de l’entreprise Nemera, Aptar et le cluster French Healthcare qui regroupe 300 entreprises française du secteur».
Selon Bissac, lors d’un évènement autour des mines et carrières, 10 entreprises françaises se sont déplacées en Algérie comme Lessine ou Hamzag France. «Nous avons également organisé les Journées de l’Industrie auxquelles ont participé 18 entreprises françaises. Je peux citer le cluster Evolen spécialisé dans l’énergie, Polyna dans la plasturgie, le réseau Mesure. Plus de 150 entreprises algériennes sont venues pour rencontrer en B2B les entreprises françaises présentes. En mission individuelle, 5 entreprises se sont déplacées en Algérie à l’instar de Durand Structure, Xena Sécurité, Projagro, Cambrex et Conforma. Toutes ces entreprises travaillent sur leur implantation en Algérie et nous les accompagnons dans cette démarche. Malgré la crise, les entreprises françaises ont continué à investir. Vous avez des entreprises comme Danone, Bel, Société Générale qui ont continué à investir des dizaines de millions d’euros en Algérie».
En conclusion, il a tenu à souligner que la relation entre la France et l’Algérie s’inscrit dans la durée. «Ce n’est pas une relation d’opportunité. Les entreprises françaises qui sont installées en Algérie le sont durablement. Elles ont investi dans ce sens et ont continué à travailler pendant la crise et bien sûr, elles sont heureuses de voir cette crise, je l’espère de disparaître et retrouver une relation apaisée» a-t-il encore affirmé.
Mahmoud Tadjer
