La Semaine de la Paix de Genève, qui se tiendra du 13 au 17 octobre, s’annonce cette année comme un laboratoire d’idées et d’initiatives inédites pour un multilatéralisme plus inclusif. Parmi les événements phares figure une résidence artistique dirigée par Guila Clara Kessous, Artiste de l’UNESCO pour la Paix, qui mettra le théâtre au service de la réconciliation et des droits humains.
Inspirée de la méthode du Théâtre de l’opprimé du Brésilien Augusto Boal, cette initiative mêlera ateliers participatifs, spectacles et débats, afin de transformer la paix en expérience vécue, plutôt qu’en slogan abstrait.
Cette approche artistique et participative s’inscrit dans une vision plus large défendue par Guila Clara Kessous: placer les femmes au cœur des processus de paix. Elle propose en effet une mesure audacieuse et inédite: instaurer un quota minimum de 30 % de femmes dans toutes les négociations internationales de paix.
Une réponse à un déficit persistant d’inclusion
Cette proposition, présentée récemment à Genève lors de la Journée internationale de la paix organisée par InterPeace, entend répondre à une réalité qui perdure depuis un quart de siècle.
Malgré la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2000, qui encourageait la participation des femmes aux pourparlers de paix, celles-ci restent largement marginalisées : 9,6 % des négociateurs, 13,7 % des médiateurs et seulement 6 % des signataires d’accords de paix en 2023, selon ONU-Femmes.
Pourtant, les conflits touchent prioritairement les populations féminines. Selon le PRIO (Peace Research Institute Oslo), en 2024, 676 millions de femmes vivaient à moins de 50 km d’un conflit armé, un record depuis la fin de la guerre froide.
Cette proximité a des conséquences dramatiques : hausse de la mortalité maternelle, flambée des violences sexistes, et recul sévère de l’éducation des filles.
«Il ne suffit plus d’encourager, il faut contraindre», affirme Guila Clara Kessous, plaidant pour une approche normative de l’inclusion. Sa feuille de route prévoit, en plus du quota, un soutien accru aux organisations féminines locales, l’intégration de la société civile aux discussions, un mécanisme annuel de suivi sous l’égide de l’ONU et des programmes de formation pour de futures négociatrices et diplomates.
Selon les données de l’ONU, la présence de femmes aux tables de négociations augmente de 35 % les chances qu’un accord de paix dure plus de 15 ans.
Quand l’art devient un instrument diplomatique
La singularité de Guila Clara Kessous réside dans son alliage entre art, diplomatie et engagement humanitaire.
Entrepreneure sociale et exécutive coach, elle utilise depuis des années le théâtre et les jeux de rôle comme outils pour améliorer la communication organisationnelle et pour accompagner les personnes marquées par des traumatismes, en particulier les femmes victimes de conflits.
Son approche a contribué à des projets d’autonomisation des jeunes filles aux côtés de la prix Nobel de la paix Malala Yousafzai, ce qui lui a valu le titre d’Artiste de l’UNESCO pour la Paix.
Membre actif de l’Institute of Coaching affilié à Harvard University, elle a formé plus de 500 dirigeants d’entreprises internationales – de la French Tech au CAC 40 et au Nasdaq 500 – sur des enjeux liés à l’empowerment des femmes, au leadership inclusif et à la gestion des conflits.
Son parcours académique est à la hauteur de son engagement : Executive MBA de l’ESSEC, doctorat de la Boston University, post-doctorat à Harvard University.
Elle est également Officier de l’Ordre des Arts et des Lettres et a reçu le Global Gift Women Empowerment Award 2020, remis par Eva Longoria, pour son rôle dans la promotion du leadership positif et de la diversité.
Des initiatives pionnières pour la paix
En 2019, Guila Clara Kessous fonde le Femina Vox International Forum, désormais placé sous l’égide de l’UNESCO, pour promouvoir l’égalité femmes-hommes dans les processus décisionnels.
En 2023, elle lance les «Accords de Sarah et Hajar», pendant féminin des «Accords d’Abraham», réunissant des diplomates originaires du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d’Israël et du Maroc, démontrant le rôle crucial des femmes dans le dialogue interreligieux et la médiation.
Une vision : réinventer le multilatéralisme
En mettant la question féminine au centre des discussions de paix, Guila Clara Kessous réaffirme une conviction : la paix durable ne peut être négociée sans celles qui subissent le plus ses conséquences.
Sa double approche, à la fois institutionnelle et culturelle, rappelle que les solutions aux conflits ne résident pas uniquement dans les chancelleries, mais aussi dans la capacité des sociétés civiles – et notamment des femmes – à participer activement aux processus de réconciliation.
La Semaine de la Paix de Genève offre ainsi une tribune idéale pour faire entendre ce message : réinventer le multilatéralisme en le rendant inclusif, créatif et ancré dans l’expérience humaine.
S.M
