Le système colonial a été un système de dépossession de ce qu’a été la nation algérienne.
L’historien français, Benjamin Stora, plaide pour la nécessité d’une reconnaisse officielle par la France de ses crimes coloniaux commis en Algérie. Intervenant dimanche soir sur la chaine algérienne AL24news, l’historien français qui a affirmé avoir subi des attaques de certains cercles de la classe politique en France, notamment de l’extrême-droite, a expliqué que la principale menace réside dans la promotion de l’oubli. Et pour y palier, l’historien français a appelé à sanctuariser la reconnaissance officielle par la France de crimes commis en Algérie. De sanctuariser, également, l’ouverture et le partage des archives. Il y a beaucoup d’archives sur cette histoire et le travail dans le fond ne fait que commencer. Benjamin Stora craint que les acquis mémoriels, pourtant «pas très importants», ne soient remis en question dans les années à venir. Le problème, selon lui, est que «si aujourd’hui ou demain l’extrême-droite arrive au pouvoir, elle va détricoter l’ensemble de ces mesures qui n’était, en fait, qu’un démarrage». L’historien a indiqué qu’ils veulent réécrire l’histoire et mettre en application ce qu’ils avaient proposé en 2005 lorsqu’ils avaient fait voter à l’Assemblée française l’aspect positif de la colonisation. Pour l’historien, la «vraie question» de la réparation réside dans le passage du «progrès mémoriel» à l’intégration dans les manuels scolaires français et, par extension, au «récit national» français. Des événements majeurs, comme le 17 octobre 1961, doivent être explicitement «reconnus» et «indiqués par l’Éducation Nationale» pour une transmission honnête.
Une colonisation criminelle
Evoquant la chronologie des terribles années de l’occupation française de l’Algérie (1830-1962), Benjamin Stora a indiqué que la pénétration coloniale qui a duré 50 ans, a été absolument terrible marquée par la dépossession des Algériens de leurs terres, les vols et les massacres d’Algériens, à quoi il faut ajouter la dépossession identitaire et la relégation de la langue. Tout cela aboutissant à l’installation de colonie de peuplement. L’historien a déploré que la France a passé sous silence cette période tragique, expliquant qu‘il faut reconstruire cette histoire pour qu’elle soit accessible aux Français. «Maintenant, il faut voir ce qu’on peut faire» pour rétablir les faits et la vérité sur l’occupation française de l’Algérie, a-t-il dit. Pour Benjamin Stora, le système colonial français a été un système de dépossession de ce qu’a été la nation algérienne. Le travail est de construire ou de reconstruire tout ce récit national confisqué pour le faire partager au plus grand nombre.
Reconstruire le récit
Pour l’historien, la démarche consiste à construire patiemment de nouveaux ponts entre les deux rives, à travers un travail sur l’histoire. Selon lui, «une histoire aussi longue, compliquée et cruelle et qui a duré 132 ans, ne peut pas s’aplanir et se régler par un seul geste ou un seul discours», ajoutant que c’est tout un travail qui a commencé à être fait, d’ailleurs, notamment lorsque a été mis en place une commission mixte d’historiens français et algériens à l’initiative du président de la République Abdelmadjid Tebboune. Un travail, a-t-il précisé, qui «commence non pas par sa fin, c’est-à-dire la guerre de libération, mais par le début, au 19eme siècle à savoir la pénétration coloniale». Benjamin Stora a estimé qu’il faut mettre en place une chronologie très fine de la pénétration coloniale qui a duré 50 ans et puis ensuite un inventaire des biens à restituer à l’Algérie en particulier en se centrant sur la personnalité de l’Emir Abdelkader qui a été dépossédé de sa collection d’ouvrages et de toute une série d’objets symboliques pris et que la France devrait restituer.
Saïd S.
