Déjà fragilisé par une transition militaire prolongée et une instabilité chronique, le Mali fait face à une nouvelle vague d’attaques coordonnées qui aggravent une situation sécuritaire devenue critique.
Le Mali replonge dans une spirale de violence d’une rare intensité. Le pays a connu, hier, une grave escalade sécuritaire à la suite d’une série d’attaques coordonnées menées par des groupes armés dans la capitale Bamako et plusieurs régions, dans l’une des offensives les plus violentes auxquelles les autorités militaires sont confrontées depuis plusieurs années.
Selon l’état-major des forces armées maliennes, des «groupes armés terroristes» ont ciblé des installations militaires et des points stratégiques, dont l’aéroport international de Bamako-Sénou.
Les attaques ne se sont pas limitées à la capitale. Elles ont également touché Gao, Kidal, Mopti et Sévaré, confirmant le caractère coordonné de cette offensive.
À Kati, ville où réside le chef de la transition, le général AssimiGoïta, des habitations auraient été endommagées par des explosions, selon des témoignages relayés sur les réseaux sociaux. Cette localité, qui abrite une importante base militaire fortement sécurisée, est considérée comme stratégique pour le pouvoir en place.
Des témoins cités par Reuters indiquent que le domicile du ministre de la Défense, Sadio Camara, à Kati, aurait été endommagé lors des attaques.
Chute de Kidal
Dans le nord du pays, la situation est particulièrement préoccupante. Des rebelles affirment avoir pris le contrôle de certaines zones clés, notamment à Kidal, une ville hautement stratégique.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux montreraient des combattants dans des bâtiments administratifs, tandis que les combats se poursuivraient dans plusieurs localités.
Selon plusieurs sources médiatiques, le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, auraient mené des attaques conjointes dans plusieurs régions du Mali, avant de revendiquer la prise de contrôle de Kidal.
D’autres informations non confirmées évoquent également une présence de ces groupes dans certaines zones périphériques de Bamako.
Une crise aggravée par le blocus économique
Cette escalade intervient après plusieurs mois de blocus économique imposé par le JNIM sur les routes d’approvisionnement en carburant vers Bamako, provoquant une grave crise du carburant, des coupures d’électricité répétées, la fermeture temporaire des écoles et des universités, ainsi qu’une hausse des prix des produits de première nécessité.
Ces attaques constituent une escalade majeure dans le conflit en cours depuis 2012, lorsque des groupes séparatistes et des organisations jihadistes liées à Al-Qaïda ont pris le contrôle de vastes zones du nord du Mali.
Une transition militaire sous pression
Le pays fait face à des défis sécuritaires croissants depuis les coups d’État militaires de 2020 et 2021, dans un contexte de poursuite des attaques jihadistes qui ont étendu leur champ d’action à de nouvelles régions.
Le Mali est dirigé par une junte militaire conduite par le colonel AssimiGoïta depuis la destitution du président Ibrahim Boubacar Keïta en 2020. La junte avait initialement promis une transition courte, mais a prolongé son maintien au pouvoir à plusieurs reprises, mis fin à l’accord de paix d’Alger avec les rebelles touaregs et expulsé les forces françaises ainsi que la mission des Nations unies.
Isolement international et recomposition des alliances
Cette situation a entraîné un isolement international partiel, des sanctions de la Cedeao et un recours accru au soutien russe (Wagner/Africa Corps). Parallèlement, les groupes jihadistes ont exploité le vide sécuritaire pour étendre leur contrôle sur de vastes zones du Nord et du Centre, imposant un blocus économique à Bamako depuis fin 2025.
Cette situation intervient à un moment particulièrement sensible alors que les groupes armés continuent de contrôler de vastes zones du territoire, plaçant les autorités militaires face à des défis majeurs pour rétablir la stabilité.
Vers un risque d’embrasement régional
Face à cette dégradation sécuritaire, l’Union africaine a fermement condamné les attaques et réaffirmé son engagement en faveur de la paix et de la stabilité régionale. Le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a appelé à une mobilisation accrue pour protéger les populations civiles.
Sur le terrain, la situation demeure extrêmement tendue autour de la capitale et dans le nord du pays. Des alertes sécuritaires ont été émises par plusieurs missions diplomatiques. Les observateurs craignent un «effondrement de l’État» ou un effet domino sur les pays du Sahel, notamment le Burkina Faso et le Niger.
Synthèse Smail Rouha
