Les discussions portent sur la coopération sécuritaire, les flux migratoires et la coordination judiciaire, dans un contexte de réactivation des canaux institutionnels.
Le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, effectue depuis hier une visite de travail en France à la tête d’une importante délégation sécuritaire. Au menu des échanges avec les autorités françaises : coopération policière, lutte contre la criminalité organisée, gestion des flux migratoires et relance du dialogue institutionnel entre Alger et Paris, dans un contexte de normalisation progressive des relations bilatérales.
Reçu à Paris par son homologue Laurent Nuñez, Saïd Sayoud s’inscrit dans la continuité des échanges engagés ces derniers mois entre les deux capitales. Cette rencontre intervient quelques semaines après le déplacement du ministre français à Alger, considéré comme une étape du réchauffement diplomatique.
Les discussions ont principalement porté sur la sécurité intérieure, la lutte contre les réseaux criminels transnationaux, la sécurité civile ainsi que les questions migratoires. Elles ont été suivies de réunions élargies entre délégations techniques, avant un dîner de clôture. Selon les éléments communiqués, cette séquence vise à rétablir des canaux de coopération opérationnelle entre les services concernés, notamment la DGSI, la DGSN et la Gendarmerie nationale.
Cette relance du dialogue sécuritaire s’inscrit dans une dynamique plus large de reprise des contacts institutionnels, après une période de fortes tensions entre les deux pays.
Migration et coopération judiciaire au cœur des échanges
Les questions migratoires et judiciaires occupent également une place centrale. Les autorités françaises évoquent la nécessité d’augmenter le nombre de laissez-passer consulaires afin d’accélérer les reconduites aux frontières. Paris affirme que plusieurs centaines de ressortissants algériens sont concernés par des procédures de réadmission.
D’autant que l’entourage de Nuñez a également rappelé le souhait du président Macron de «restaurer avec l’Algérie un dialogue efficace, respectueux de l’intérêt national de chacun».
Dans le même temps, la coopération judiciaire, mise à l’arrêt durant la crise, fait l’objet de tentatives de réactivation, notamment sur certains dossiers sensibles.
La question des visas, point de tension persistant
Malgré les signaux d’apaisement, la question des visas demeure un point de tension. Les services consulaires français en Algérie continuent de fonctionner à capacité réduite, dans l’attente de renforts administratifs et d’accréditations supplémentaires.
Toutefois, le côté français reste toujours discret sur la question des visas, un volet pourtant durement touché par la longue crise diplomatique entre les deux pays. C’est le ministère français de l’Intérieur qui a la main sur ce dossier.
Fin août 2025, l’ambassade de France en Algérie avait annoncé, dans un contexte de fortes tensions, une réduction significative des effectifs dans les consulats de France à Alger, Oran et Annaba, «faute d’accréditations». Cette situation avait entraîné une baisse de la délivrance des visas.
À ce jour, le nombre de rendez-vous disponibles auprès de Capago Algérie est fortement réduit afin de maintenir la délivrance des visas dans des délais aussi raisonnables que possible.
Une dynamique diplomatique en consolidation
Le 8 mai dernier, la présidence française a annoncé, à l’occasion du retour de l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet — qui avait été rappelé à Paris en avril 2025 — «la reprise de la coopération consulaire». Des accréditations ont d’ailleurs été accordées par l’Algérie à de nouveaux agents consulaires français, leur permettant de rejoindre leurs postes.
Ces développements devraient, en théorie, mettre fin aux restrictions décidées sur la délivrance des visas aux Algériens. Mais, dans les faits, les consulats de France en Algérie seraient toujours en attente des agents nouvellement accrédités.
Si des avancées ont été enregistrées ces derniers mois avec la reprise partielle de la coopération consulaire, la situation reste encore fragile sur le terrain, notamment en matière de traitement des demandes.
Cette visite s’inscrit dans une série d’initiatives diplomatiques récentes visant à restaurer un dialogue structuré entre Alger et Paris. Si aucune rencontre avec le président français n’a été annoncée à ce stade, les deux parties affichent une volonté commune de réactiver les canaux de coopération sécuritaire, judiciaire et administrative.
H.Adryen
