L’Algérie a enregistré en 2025 l’un des taux de refus de visas Schengen les plus élevés au monde. Selon les dernières statistiques de la Commission européenne, les consulats des États membres de l’espace Schengen présents en Algérie ont reçu 444 577 demandes au cours de l’année, dont 137 860 ont été rejetées, soit un taux de refus de 31,3%.
Le pays recule ainsi au 8ᵉ rang mondial des États ayant enregistré le plus grand nombre de demandes de visas Schengen. Il affiche toutefois le taux de refus le plus élevé parmi les dix premiers pays du classement. À l’échelle mondiale, le taux moyen de refus s’est établi à 14,6% en 2025, soit moins de la moitié du taux enregistré en Algérie. Le taux de rejet algérien s’est néanmoins amélioré par rapport à 2024, année durant laquelle il avait atteint 35%.
La France et l’Espagne concentrent, à elles seules, environ 88% des demandes déposées en Algérie, confirmant le poids de ces deux destinations dans les demandes de visas Schengen des Algériens. Pour la France, le consulat d’Alger arrive en tête en nombre de dossiers rejetés, avec 34 425 refus. Il demeure également le poste consulaire français traitant le plus grand volume de demandes, avec plus de 141 000 dossiers.
Les consulats d’Oran et d’Annaba enregistrent eux aussi un nombre important de refus. Rapportés au nombre de dossiers traités, leur taux de rejet peut toutefois être supérieur à celui enregistré à Alger. Au total, l’Algérie figure parmi les pays ayant enregistré le plus grand nombre de refus de visas Schengen en 2025, derrière notamment la Turquie et l’Inde.
Malgré ce niveau élevé de refus, les consulats européens ont accordé 302 181 visas aux demandeurs algériens en 2025, soit environ 68% des demandes. Parmi ces visas, 108 795 étaient des visas à entrées multiples (MEV), représentant environ 36% des visas uniformes délivrés. Ces documents permettent à leurs titulaires d’effectuer plusieurs entrées dans l’espace Schengen pendant la période de validité du visa.
Le dossier franco-algérien reste sensible
En France, la question des visas accordés aux Algériens continue de s’inscrire dans un contexte diplomatique particulièrement sensible entre Paris et Alger. La forte demande s’explique notamment par la proximité géographique, les liens historiques entre les deux pays et l’importance de la communauté algérienne et franco-algérienne en France.
En juillet dernier, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, avait évoqué la possibilité de revenir à un niveau pouvant atteindre 250 000 visas par an, comparable à celui observé avant la crise diplomatique entre les deux pays. Ces propos avaient rapidement suscité des réactions à Paris. Le président Emmanuel Macron et le gouvernement français avaient notamment rappelé qu’il n’existait ni quota officiel ni objectif chiffré en matière de délivrance de visas.
Alger dément toute demande de quota
Le président Abdelmadjid Tebboune avait, quelques jours plus tard, rejeté toute idée selon laquelle Alger aurait demandé un quota de visas à Paris. Le 27 juillet, il avait déclaré n’avoir «jamais demandé de quota de visas à la France», réaffirmant que «le président algérien n’a jamais demandé un quota de visas, un nombre de visas ou parlé de visa».
De son côté, le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait indiqué devant l’Assemblée nationale que les délivrances de visas avaient diminué de 20% sur un an. Selon le ministre, cette baisse était principalement liée aux restrictions imposées au réseau diplomatique français en Algérie dans le contexte de la crise entre les deux pays. Jean-Noël Barrot avait également souligné que la France avait engagé une «nouvelle dynamique» avec les autorités algériennes, notamment sur les questions migratoires, sécuritaires et de lutte contre le narcotrafic et le terrorisme.
Il avait insisté sur l’absence de toute politique fondée sur des quotas, précisant que le réengagement avec Alger était progressif, réversible et conditionné aux résultats obtenus.
La droite française réclame des contreparties
Ces déclarations ont provoqué de vives réactions au sein de la classe politique française. Des responsables comme Jordan Bardella et Bruno Retailleau ont notamment appelé le gouvernement à obtenir des contreparties de la part de l’Algérie, particulièrement sur les questions migratoires et sécuritaires.
Au-delà des chiffres, la question des visas demeure ainsi l’un des principaux dossiers de tension dans les relations franco-algériennes, alors que les deux pays tentent progressivement de renouer le dialogue.
H. Adryen
