La coopération policière entre la Suisse et l’Algérie constitue un enjeu important.
Le ministre d’État, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, Ahmed Attaf, a effectué, jeudi dernier, une visite officielle en Suisse.
Celle-ci s’inscrit dans un contexte de consolidation des partenariats bilatéraux de l’Algérie avec ses partenaires européens. Les discussions ont porté sur les perspectives visant à accroître l’efficacité et l’efficience de ce partenariat, afin de répondre de manière optimale aux préoccupations sécuritaires et juridiques des deux pays.
L’un des volets majeurs de cette visite concerne le renforcement de la coopération judiciaire et policière entre les deux pays. À ce titre, Ahmed Attaf a rencontré le conseiller fédéral Beat Jans, chef du Département fédéral de justice et police. Les discussions ont porté sur l’état de la coopération existante et les moyens d’en améliorer l’efficacité et la réactivité, dans un contexte marqué par des enjeux croissants liés à la sécurité et aux questions juridiques transnationales.
Les deux parties ont souligné le renforcement de la coopération depuis la visite de Beat Jans à Alger le 30 juin 2025. Le conseiller fédéral a également salué la collaboration constructive entre les deux pays, notamment en matière de réadmission. La coopération policière entre la Suisse et l’Algérie demeure un enjeu prioritaire.
Intense coopération judiciaire
Beat Jans et Ahmed Attaf se sont félicités de la signature, en 2025, du mémorandum d’entente qui a contribué à intensifier l’échange d’informations et la coopération policière. Par ailleurs, Ahmed Attaf a félicité la Suisse pour sa collaboration en matière d’entraide judiciaire pénale.
De son côté, le conseiller fédéral Beat Jans a réaffirmé l’engagement de la Suisse à restituer les avoirs dont l’origine illégale a été prouvée. Il avait déjà tenu cet engagement lors de sa visite en Algérie en juin dernier, en rassurant les autorités algériennes sur le fait que «la Suisse est déterminée à coopérer avec l’Algérie dans la récupération des avoirs détournés».
La coopération judiciaire entre la Suisse et l’Algérie, notamment via des commissions rogatoires, s’est intensifiée pour rapatrier des fonds détournés par d’anciens responsables algériens. Des avoirs bancaires ont été gelés en Suisse à la suite de ces requêtes, portant sur des affaires de corruption et la restitution de biens mal acquis.
En 2023, la justice suisse a donné suite à des commissions rogatoires algériennes, notamment en gelant les avoirs financiers de l’ancien ministre algérien de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb, dans une banque de Genève, pour un montant estimé à 1,7 million d’euros.
La récupération des fonds détournés a été une priorité majeure pour le président de la République, le gouvernement et la justice algériens. À ce jour, les autorités rapportent que 285 commissions rogatoires ont été émises par le ministère de la Justice auprès de 32 pays, ciblant 755 comptes bancaires dans le cadre des procédures de récupération.
Parallèlement à cette diplomatie judiciaire, l’Algérie a modernisé son arsenal législatif pour faciliter la récupération des fonds détournés. Cette nouvelle étape dans les relations algéro-suisses s’inscrit dans le cadre des efforts internationaux de transparence financière, auxquels la Suisse participe activement, notamment à travers sa législation sur le gel et la restitution des avoirs illicites.
Extraditions : un sujet complexe
Si la Suisse s’engage à geler et restituer des fonds illicites, la coopération en matière d’extradition entre les deux pays, encadrée par des accords d’entraide judiciaire pénale, semble plus complexe.
Même si elles ne sont pas rendues publiques, des discussions actives semblent se tenir. Elles concernent notamment des éléments établis en Suisse et menant des actions subversives à l’encontre de l’Algérie, à l’image du mouvement Rachad. Né en 2007 en Europe, créé par d’anciens militants du Front islamique du Salut (FIS), plusieurs de ses membres fondateurs résident en Suisse.
Les autorités algériennes ont classé ce mouvement «organisation terroriste». Ces responsables sont poursuivis par la justice algérienne après leurs condamnations pour de nombreux faits subversifs et atteinte à l’unité nationale. Ils font l’objet de mandats d’arrêt internationaux
S.Smati
