La chambre criminelle de la Cour suprême a rendu son verdict : le pourvoi en cassation introduit par la défense de Walid Benflis, fils de l’ancien chef du gouvernement Ali Benflis, a été rejeté.
Par Redouane Hannachi
Les magistrats ont estimé que le tribunal criminel d’Alger (deuxième instance) avait correctement appliqué les textes de loi dans cette affaire particulièrement sensible. Reconnu coupable de trahison et d’espionnage au profit de puissances étrangères, notamment Israël, Walid Benflis avait vu, contre toute attente, sa peine passer de 15 à 20 ans de réclusion criminelle lors du procès en appel. Le tribunal criminel d’Alger de Dar El Beïda l’avait initialement condamné en novembre 2023 à 15 ans de prison ferme.
Des accusations qu’il nie catégoriquement
Dès le début de la procédure, l’accusé a nié l’ensemble des faits reprochés, dénonçant des «violations flagrantes» de ses droits civils durant l’enquête préliminaire et l’instruction judiciaire. Face à la présidente du tribunal criminel, Mme Dahmani Naïma, il a affirmé : «Je fais l’objet d’un coup monté. Je n’ai rencontré aucune personnalité étrangère, encore moins Benyamin Netanyahou.» Ancien avocat international, Walid Benflis a également réfuté avoir rencontré un prétendu coordinateur, Moshi Levi, présenté comme un intermédiaire américain, ni avoir remis un rapport sur la situation politique algérienne avant les élections présidentielles de 2019. Il a aussi rejeté toute implication dans des échanges d’informations sensibles concernant l’acquisition de 15 avions de ligne (8 Airbus et 7 Boeing) par Air Algérie.
Des éléments troublants avancés par l’accusation
L’accusé a vacillé lorsque la présidente du tribunal lui a rappelé la déclaration de son épouse, qui aurait confirmé un voyage en Israël pour assister à une réception organisée par un homme d’affaires juif. De son côté, le procureur général, M. Aoun, a livré un réquisitoire sévère, soulignant la «réunion de preuves légales et matérielles» attestant de l’intention criminelle du prévenu de prendre contact avec des responsables américains et israéliens pour leur transmettre des informations économiques sensibles. Il a notamment affirmé que le mis en cause avait pris des photos avec le «bourreau Benyamin Netanyahou», avant de requérir la peine capitale à son encontre.
La défense dénonce un dossier monté de toutes pièces
Le collectif de la défense, dénonçant un dossier «fabriqué de toutes pièces», a demandé l’acquittement pur et simple de son client. Les avocats ont affirmé que leur client avait été privé de ses droits fondamentaux durant plus de douze jours de garde à vue, sans contact avec sa famille, ni accès à ses médicaments. Selon eux, cette affaire viserait indirectement son père, Ali Benflis, en raison de ses positions passées au sein du gouvernement et de ses critiques envers certains cercles du pouvoir.
Des coaccusés d’Air Algérie condamnés
Dans la même affaire, deux cadres d’Air Algérie, Bouhlassa et Belkacem, ont été condamnés à des peines respectives de 7 et 3 ans de prison ferme, pour leur rôle présumé dans un projet d’acquisition frauduleux d’appareils pour la compagnie nationale. L’enquête avait été ouverte sur ordre de la Présidence de la République, à la suite d’informations faisant état de manœuvres suspectes entourant un marché public lié à l’achat de nouveaux avions pour Air Algérie.
Les investigations menées par les services de sécurité ont révélé que Walid Benflis détenait neuf comptes bancaires à l’étranger, notamment au Canada, aux Émirats arabes unis et en France, ainsi qu’un patrimoine estimé à plus de 20 millions de dollars. Le collectif d’avocats de la défense a néanmoins annoncé son intention d’introduire un nouveau pourvoi en cassation, dans l’espoir d’obtenir une révision du procès.
R.H.
