À Washington, Donald Trump, fidèle à son art du contre-pied, a tempéré ses promesses de cessez-le-feu immédiat en Ukraine.
Par Samir MÉHALLA
Mais l’essentiel n’est pas là : malgré ses volte-face, l’Ukraine n’est jamais seule. Derrière Zelensky, il y a les drapeaux européens, les milliards américains, les blindés allemands, les avions français. Toute l’Europe, même dans ses hésitations, a compris que l’Ukraine était son bouclier existentiel.
L’Europe se mobilise pour l’Ukraine, le monde arabe déserte Ghaza.
Chaque missile russe tombant sur Kharkiv provoque des sommets extraordinaires à Bruxelles. Chaque offensive sur le Donbass entraîne de nouvelles sanctions. Chaque déplacement de Zelensky est accueilli par des tapis rouges et des promesses d’armement.
Mais pour Ghaza ? Rien de comparable. Les Palestiniens enterrent leurs enfants dans l’indifférence diplomatique. Les capitales arabes se contentent de communiqués fades, d’aides humanitaires symboliques, parfois même d’un silence gêné. Pire : certaines d’entre elles, dans l’ombre, serrent la main de l’occupant sioniste, normalisent, commercent, investissent, pendant que l’enclave agonise.
L’Etat sionite, une menace ignorée
Et pourtant, cette entité est une menace bien plus grave pour les musulmans que la Russie pour l’Europe.
Territoriale : annexion continue, colonisation effrénée, effacement programmé de la Palestine.
Militaire : puissance nucléaire, armée parmi les plus puissantes au monde, frappes incessantes en Syrie, au Liban et à Ghaza.
Identitaire : El Qods, troisième lieu saint de l’islam, encerclée et étouffée, symbole même d’un peuple humilié.
Comment expliquer que face à une telle triple menace, aucun front uni n’ait vu le jour ?
Où est la coalition arabe ?
Où sont les sommets islamiques transformés en leviers de pression ?
Où sont les embargos, les ruptures diplomatiques, les sanctions économiques que les pétromonarchies pourraient imposer en un claquement de doigts ?
La vérité est brutale : les régimes arabes préfèrent plaire à Washington que de défendre une Ghaza meurtrie, affamée. Ils redoutent plus le courroux de la Maison-Blanche que le cri d’un enfant palestinien sous les décombres. Certains se satisfont d’une paix froide avec Tel-Aviv pour préserver leurs intérêts commerciaux ou leur survie politique.
Pendant que l’Europe équipe l’Ukraine de chars et d’avions, les pays musulmans se contentent d’envoyer des convois de farine et de couvertures, du pain roussi et du riz cramé. Pendant que les Occidentaux parlent d’intégrité territoriale pour Kiev, les Arabes tolèrent l’effacement de la Palestine.
Une lâcheté historique
Ce double standard n’est pas seulement une hypocrisie, c’est une lâcheté historique. Ghaza n’a pas besoin de discours ni de charité, mais d’une stratégie collective, comme celle qui protège aujourd’hui Kiev. L’Europe sait que la Russie, si elle n’est pas contenue, avancera toujours plus loin. Les Arabes, eux, feignent d’ignorer que l’occupant sioniste, s’il n’est pas freiné, effacera jusqu’au nom des territoires arabes et musulmans.
L’histoire retiendra ce contraste :
Une Ukraine défendue comme le dernier bastion de l’Occident, une Palestine abandonnée, trahie par ceux qui prétendent parler en son nom.
Comme l’écrivait jadis Ibn Khaldoun :
«Les nations périssent moins par la force de leurs ennemis que par la faiblesse de leurs propres divisions.»
Et Ghaza, aujourd’hui, meurt moins sous les bombes des assassins sionistes que sous l’indifférence arabe.
S.M.
