Steinmeier propose que Sansal soit autorisé à se rendre en Allemagne afin d’y recevoir des soins médicaux appropriés.
Le président fédéral d’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier, a adressé une requête solennelle à son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, lui demandant d’accorder une grâce à l’écrivain Boualem Sansal, détenu depuis un an. Dans un communiqué rendu public hier par la Présidence de la République, Berlin plaide pour « un geste humanitaire » à l’égard de l’auteur de Le Serment des barbares, invoquant son âge avancé et la dégradation de son état de santé. Steinmeier propose que Sansal soit autorisé à se rendre en Allemagne afin d’y recevoir des soins médicaux appropriés.
Né en 1949, Boualem Sansal, citoyen algérien et français, avait été condamné en mars 2025 à cinq ans de prison pour « atteinte à l’intégrité territoriale » de l’Algérie. Les accusations portent sur des déclarations controversées selon lesquelles certains territoires auraient été attribués à l’Algérie par la France au détriment du Maroc. En juillet, la cour d’appel a confirmé la peine, assortie d’une amende, une décision dénoncée par plusieurs organisations internationales de défense des droits humains.
Le président Steinmeier a justifié son initiative par des considérations d’ordre humanitaire mais aussi politique. «Un tel geste, a-t-il déclaré, serait l’expression d’une grande clairvoyance et refléterait les excellentes relations entre nos deux pays.» Le chef de l’État allemand, qui entretient de longue date des liens personnels avec Abdelmadjid Tebboune, rappelle également que Sansal est lauréat du prestigieux Prix de la paix des libraires allemands, distinction symbolisant les valeurs de dialogue et de liberté d’expression.
La question d’une libération exceptionnelle à titre humanitaire soulève néanmoins un débat sensible. En Algérie, une telle mesure relèverait de la prérogative exclusive du président de la République, seul habilité à accorder la grâce. Or, si ce pouvoir est souvent exercé à l’occasion de fêtes nationales pour des détenus de droit commun, son extension à des cas considérés comme politiques demeure rare. Libérer Boualem Sansal reviendrait à poser un geste fort, porteur d’un message de tolérance et de confiance.
À Paris, la mobilisation diplomatique s’intensifie également. Jeudi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a affirmé que la France menait un «dialogue» avec Alger pour obtenir la libération de l’écrivain. Cette démarche s’inscrit dans un contexte d’hostilité persistante entre les deux capitales, empêtrées depuis plus d’un an dans une crise diplomatique sans précédent : expulsions réciproques de fonctionnaires, rappels d’ambassadeurs et restrictions imposées aux détenteurs de visas diplomatiques.
La requête du président allemand ouvre désormais une phase d’attente et d’observation. La décision finale, qui relève des prérogatives du chef de l’État algérien, sera suivie avec attention tant sur le plan intérieur qu’à l’étranger.
A.M.
