Par Samir Méhalla
Il y a une vérité que personne ne veut dire tout haut : la République est prise en otage par des marchands d’illusions, des ministres qui trafiquent les chiffres comme d’autres trafiquent des devises sous le manteau. On croyait que la falsification était l’art des margoulins, voilà qu’elle devient la méthode de travail de certains «responsables». Louisa Hanoune n’a fait que lever le voile : le Président reçoit des données fausses. Pas imprécises : fausses. Pas approximatives : trafiquées. Un État qui fonctionne sur du mensonge en temps réel.
On imagine la scène : chaque ministre se pavane avec ses powerpoints cosmétiques, ses courbes photoshopées, ses bilans qui tiennent plus du conte de fées que de l’administration sérieuse. Tous récitent leur petite liturgie du succès pendant que le pays leur échappe. Et lorsque la vérité finit par remonter jusqu’au Chef, ce n’est pas grâce à eux — c’est malgré eux.
Ce n’est plus une défaillance, c’est un système. Une fabrique nationale du faux, un atelier de bricolage institutionnel où l’on trafique la réalité pour sauver la mise. Dès qu’un indicateur plonge, on l’édulcore. Dès qu’un secteur coule, on le repeint. Dès qu’une statistique dérange, on la remplace. Le mensonge n’est même plus honteux : il est devenu la langue de travail.
Le plus grave ? L’incompétence maquillée en vertu. On ne sait pas, on ne comprend pas, on ne maîtrise rien — mais on invente des chiffres pour acheter la tranquillité. Éviter le courroux du Chef.
Le pays réclame du sérieux, ils lui offrent du théâtre. Il demande des résultats, ils lui servent de la communication délavée. Notre République mérite mieux que des illusionnistes paniqués qui jettent de la poudre aux yeux pour éviter de rendre des comptes.
Et puis il y a cet aveu, lourd comme un verdict : Les sources qui me remontent l’information ne sont pas fiables. Traduction: le sommet de l’État est alimenté par des amateurs. Parfois par des incompétents. Parfois par des carriéristes dont la principale compétence est de maquiller l’échec pour sauver leur fauteuil.
Qu’on ne s’y trompe pas : mentir au Président, c’est mentir au pays. C’est saboter la décision publique, c’est dynamiter la confiance, c’est créer un État parallèle où la vérité dérange plus que l’échec.
Le problème n’est pas les chiffres. Le problème, ce sont ceux qui les manipulent. Cette race de responsables qui, au lieu d’affronter la réalité, préfèrent la falsifier. Ceux qui confondent fonction publique et autoprotection. Ceux qui pensent qu’un tableau Excel peut tenir lieu de politique.
Le pays brûle d’exigence. Il a soif de vérité nue, pas de bilans fardés. Si certains ministres ont peur de la réalité brute, qu’ils quittent l’arène. Notre République n’a pas besoin de conteurs, mais de combattants. Et la première bataille, c’est celle contre le mensonge institutionnel.
Ici commence la reconstruction : par la fin du faux. Par l’incendie purificateur de la médiocrité. Par le retour, enfin, du courage.
S. M.
