Le président du pôle pénal, économique et financier du tribunal de Sidi M’Hamed a décidé, hier, de renvoyer au 24 novembre courant le procès de l’affaire Imetal, l’un des dossiers les plus emblématiques de la corruption industrielle en Algérie.
Par Redouane Hannachi
L’audience, initialement prévue pour ce début du mois, a été ajournée à la demande des avocats de la défense, qui ont sollicité un délai supplémentaire pour examiner l’ensemble des pièces matérielles du dossier. Le président du tribunal a toutefois prévenu les parties qu’aucun autre report ne serait accordé. Le procès se tiendra le 24 novembre quelles que soient les circonstances», a-t-il insisté, déterminé à clore un dossier tentaculaire où s’entremêlent abus de pouvoir, détournements massifs et destruction d’un fleuron industriel national.
Un groupe stratégique au cœur du scandale
Le groupe public Imetal, pilier des industries métallurgiques, sidérurgiques et métalliques, chapeaute treize filiales réparties sur le territoire national. L’enquête a révélé de graves dérives de gestion dans plusieurs de ces entités, notamment au complexe sidérurgique d’El Hadjar, symbole de la puissance industrielle algérienne des années 1970. Pas moins de 25 cadres et fonctionnaires sont poursuivis dans cette affaire, accusés de détournement de fonds publics, irrégularités dans la passation de marchés, blanchiment d’argent, abus de fonction et octroi d’avantages indus. Ils sont également soupçonnés d’avoir signé des contrats avec des entités étrangères en violation des lois, provoquant des arrêts répétés de la production et des pertes colossales pour le Trésor public. Les investigations ont mis au jour un vaste réseau impliqué dans des transactions opaques, notamment l’importation de charbon, l’achat de déchets ferreux et non ferreux, ainsi que la location douteuse de matériels et de véhicules.
Le rapport qui a tout déclenché
C’est un rapport interne détaillé transmis au parquet qui a conduit à l’ouverture de l’instruction. Il faisait état de pratiques illégales et de malversations financières dans plusieurs filiales du groupe, en particulier à El Hadjar et à la Société nationale de récupération. La brigade centrale de lutte contre la criminalité économique et financière a alors mené une enquête approfondie, révélant un plan méthodique de démantèlement de grandes entreprises publiques. Selon le rapport d’enquête, des réseaux mafieux se seraient constitués autour de ces entités pour s’approprier des marchés publics, détourner des fonds et manipuler les circuits de financement.
De lourdes pertes économiques
Le dossier a également pris une tournure dramatique avec le décès en prison, en juillet dernier, de l’ex-président-directeur général du groupe Imetal, placé en détention provisoire depuis mars 2023. Sa disparition n’a pas mis fin à l’instruction : cinq autres hauts responsables, dont le PDG du groupe Sider, figurent parmi les principaux accusés. Au total, 17 individus sont poursuivis, rejoints par huit complices présumés formant un réseau soupçonné d’avoir exercé chantage et pressions pour obtenir des marchés publics. Des documents saisis par les enquêteurs ont mis en lumière des transactions suspectes impliquant des intermédiaires étrangers. Depuis plusieurs années, les syndicats du complexe d’El Hadjar et du groupe Imetal alertaient sur les dysfonctionnements chroniques dans la gestion du secteur. Ils dénonçaient un pillage organisé qui a conduit à la perte de milliers d’emplois et à une chute vertigineuse de la production, réduite de près d’un tiers. Autrefois symbole du savoir-faire industriel algérien, le complexe d’El Hadjar est devenu le théâtre d’un effondrement économique, conséquence directe des pratiques de corruption et des négligences managériales.
Un procès sous haute tension
Ce procès, qui s’annonce riche en révélations, pourrait lever le voile sur les connexions internationales de ce vaste réseau de malversations. Les avocats de la défense, pour leur part, demandent le respect du droit à un procès équitable et affirment avoir besoin de temps pour examiner l’ensemble des preuves retenues contre leurs clients. Les magistrats de la chambre d’accusation ont déjà confirmé les ordonnances du juge d’instruction, rejetant toutes les demandes d’annulation formulées par la défense, notamment celles visant les mandats de dépôt.
Le 24 novembre prochain, sauf nouveau rebondissement, le tribunal de Sidi M’hamed ouvrira donc un chapitre judiciaire très attendu, susceptible de révéler l’ampleur réelle d’un scandale industriel et financier qui a profondément ébranlé le secteur stratégique du métal et de la sidérurgie en Algérie.
R.H.
