La lutte contre le trafic de stupéfiants est devenue l’un des fronts majeurs sur lesquels les services de sécurité algériens livrent une bataille quotidienne implacable.
Des frontières aux grandes villes, de l’ouest du pays aux régions du Sud, les opérations de démantèlement de réseaux et les saisies de drogues se multiplient, révélant l’ampleur de la menace mais aussi la détermination des services de sécurité à empêcher l’Algérie de devenir une terre de transit ou de consommation pour les grands réseaux criminels.
La situation géographique du pays constitue un facteur de vulnérabilité particulier. L’Algérie partage une longue frontière avec le Maroc, pays que l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a historiquement identifié comme le premier producteur mondial de résine de cannabis, avec un trafic alimentant, notamment les marchés d’Afrique du Nord et d’Europe.
Cette proximité géographique expose naturellement l’Algérie aux tentatives d’introduction sur son territoire, d’importantes quantités de kif traité. Mais les opérations réalisées ces derniers mois montrent que les réseaux ne se limitent plus au simple acheminement de cannabis. La cocaïne et les psychotropes occupent également une place croissante dans les activités des organisations criminelles.
Des saisies qui illustrent l’ampleur de la menace
Les chiffres communiqués récemment par les services de sécurité donnent la mesure de cette offensive. En juin 2026, les services opérationnels de la Sûreté nationale à Tlemcen ont démantelé deux réseaux criminels et saisi plus de 71 kg de kif traité en provenance du Maroc, avec l’arrestation de quatre personnes.
Quelques semaines auparavant, les services de la sûreté de wilaya de Tlemcen avaient frappé un autre réseau spécialisé dans le trafic de stupéfiants. L’opération s’était soldée par la saisie de 429 kg de kif traité en provenance du Maroc.
À la fin du mois de mai, une autre opération menée à Tlemcen avait permis aux éléments du service régional de lutte contre le trafic illicite des stupéfiants de récupérer plus de deux quintaux de kif traité, ainsi que six drones. La découverte de ces appareils témoigne, à elle seule, de l’évolution des méthodes employées par les trafiquants et de leur volonté d’adapter leurs moyens logistiques.
En avril, les unités opérationnelles spécialisées de la Sûreté nationale avaient également saisi 86 kg de kif traité en provenance du Maroc lors de trois opérations menées à Blida et Tlemcen, avec l’arrestation de huit individus. Et la pression ne se limite pas à la bande frontalière. En mars dernier, le Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants avait procédé à la saisie de plus de 55 kg de kif traité en provenance du Maroc à Djelfa, à la veille de l’Aïd El-Fitr.
Les drogues dures dans le viseur
Si le kif traité demeure une préoccupation majeure, l’apparition de quantités importantes de drogues dures montre que la menace s’est diversifiée. En février 2026, les services de sécurité de l’Armée nationale populaire relevant de la 5e Région militaire ont démantelé un réseau spécialisé dans le trafic de drogue dure et saisi 49,4 kg de cocaïne.
Le bilan du premier semestre 2026 communiqué par le ministère de la Défense nationale est encore plus révélateur : les opérations menées par les unités de l’ANP ont permis la saisie de 730,46 kg de cocaïne et de 25,6 millions de comprimés psychotropes. Ces chiffres donnent une idée de la diversité des filières auxquelles les services algériens sont désormais confrontés. Derrière les saisies se trouvent des organisations structurées, capables de mobiliser des moyens financiers, des véhicules, des complicités et des techniques de plus en plus sophistiquées.
Surveillance permanente des frontières
Face à cette situation, la lutte contre le narcotrafic repose sur un dispositif impliquant plusieurs corps : Armée nationale populaire, Gendarmerie nationale, Sûreté nationale et services spécialisés. L’objectif n’est pas uniquement d’intercepter les cargaisons. Il consiste également à remonter les filières, identifier les financiers, démanteler les réseaux et empêcher la reconstitution de nouvelles chaînes de trafic.
Les opérations menées à Tlemcen, Béchar, Sidi Bel- Abbès, Djelfa ou encore dans d’autres régions du pays montrent, d’ailleurs, que les services de sécurité ne se contentent pas d’une surveillance passive des frontières. Une fois les cargaisons introduites, les réseaux sont suivis jusque dans les zones où ils cherchent à écouler leurs marchandises.
En avril, les services opérationnels de la Sûreté nationale avaient ainsi démantelé deux réseaux dans l’Ouest et saisi un quintal et 36 kg de kif traité provenant du Maroc, avec l’arrestation de quatre personnes. Fin juillet, trois nouveaux réseaux criminels spécialisés dans la contrebande et le trafic de drogue ont été démantelés par les services opérationnels de la Sûreté nationale, avec la saisie de plus d’un quintal de kif traité en provenance du Maroc.
Une bataille sur plusieurs fronts
Derrière chaque saisie se trouve un enjeu qui dépasse largement la seule interception d’une cargaison. Le trafic de stupéfiants constitue une source de financement pour les réseaux criminels et peut alimenter d’autres formes de criminalité organisée. La multiplication des saisies de cocaïne et de psychotropes impose également une vigilance accrue. La menace ne se résume plus au traditionnel trafic de kif traité.
Les réseaux cherchent constamment de nouveaux produits, de nouveaux itinéraires et de nouvelles méthodes pour contourner les dispositifs de sécurité. L’Algérie se trouve ainsi confrontée à une double nécessité : verrouiller ses frontières et empêcher l’implantation durable des réseaux criminels à l’intérieur du pays.
Les services de sécurité veillent au grain
Les opérations successives menées depuis le début de l’année montrent en tout cas que les services de sécurité algériens entendent maintenir une pression constante sur les trafiquants. Des centaines de kilogrammes de kif traité, des dizaines de kg de cocaïne et des millions de comprimés psychotropes saisis en quelques mois témoignent à la fois de l’ampleur du phénomène et de l’efficacité des opérations de lutte contre ces réseaux.
Dans un contexte régional marqué par la circulation croissante des trafics transfrontaliers, l’Algérie apparaît donc comme un verrou stratégique. Sa position géographique l’expose, mais ses services de sécurité ont fait de la surveillance des frontières et du démantèlement des filières de narcotrafic une priorité. Le message adressé aux réseaux criminels est sans ambiguïté : les frontières algériennes ne constituent pas une voie ouverte pour leurs marchandises.
Et derrière chaque opération, chaque interception et chaque réseau démantelé, c’est la même bataille qui se poursuit : empêcher que la drogue ne s’installe, protéger la société et préserver la sécurité nationale.
R.N
