Au Sahel, le temps des tensions semble progressivement céder la place à celui du dialogue et de la coopération. Pour l’Algérie, qui partage de longues frontières avec le Mali et le Niger, cette évolution n’est pas seulement une question de diplomatie : elle relève d’un impératif stratégique directement lié à sa propre sécurité et à sa stabilité.
Depuis plusieurs années, le président Abdelmadjid Tebboune ne cesse de rappeler que la stabilité des pays voisins constitue également une garantie pour la stabilité de l’Algérie. Une conviction qui explique la constance avec laquelle Alger s’est employée à maintenir ouverts les canaux du dialogue avec les pays du Sahel, y compris durant les périodes de fortes crispations.
L’Algérie, un voisin qui compte
Le Mali et le Niger savent parfaitement que l’Algérie n’est pas un voisin comme les autres. Par sa position géographique, son poids économique, ses capacités militaires et son expérience dans la lutte contre le terrorisme, elle demeure une puissance régionale incontournable. Alger considère depuis longtemps que les réponses aux problèmes du Sahel ne peuvent être exclusivement militaires. Le développement économique, la sécurisation des frontières, la lutte contre les réseaux criminels et le règlement politique des crises doivent avancer de manière complémentaire. Cette doctrine s’est notamment traduite par des programmes de coopération et d’aide en faveur des pays voisins.
Le Niger, en particulier, bénéficie de différents projets de coopération avec l’Algérie dans des secteurs structurants. En juin dernier, une délégation nigérienne composée de six ministres a été reçue à Alger afin de faire le point sur plusieurs projets bilatéraux. Les responsables nigériens ont alors souligné la nouvelle dynamique donnée aux relations entre les deux pays.
Retour à la confiance avec Niamey
La relation algéro-nigérienne a connu des moments difficiles. Mais les deux capitales ont manifestement choisi de tourner la page. La visite effectuée en février 2026 à Alger par le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a constitué un tournant. Les deux pays ont réaffirmé leur volonté de renforcer leurs relations fraternelles, leur coopération et leur bon voisinage.
Le communiqué conjoint publié à l’issue de cette visite a qualifié la relation bilatérale de stratégique et insisté sur la nécessité de lui donner une nouvelle dynamique. Quelques semaines plus tard, la deuxième session de la Grande Commission mixte algéro-nigérienne, tenue à Niamey, a confirmé cette volonté de rapprochement. Les deux parties ont évoqué un partenariat renouvelé fondé sur les intérêts mutuels et l’intégration régionale. La coopération sécuritaire occupe naturellement une place centrale dans cette nouvelle étape.
Le Niger fait face à une menace terroriste persistante et à de nombreux défis transfrontaliers. L’Algérie, qui possède une longue expérience dans la lutte antiterroriste et dans la sécurisation de son immense territoire saharien, entend contribuer au renforcement des capacités de ses voisins.
Le Premier ministre algérien Sifi Ghrieb l’a encore souligné lors de son déplacement à Niamey en mars dernier, en réaffirmant l’engagement constant de l’Algérie à renforcer la coopération avec le Niger face à la menace terroriste et aux défis transfrontaliers. Le don récent de quatre hélicoptères avec tous leurs équipements et accessoires à l’armée nigériane confirme cet engagement.
Mali : la page des tensions progressivement tournée
La même logique semble aujourd’hui prévaloir dans les relations avec Bamako. Après une longue période de tensions, les deux pays ont engagé une démarche de normalisation. En juillet 2026, l’Algérie a décidé le retour de son ambassadeur à Bamako, tandis que les deux pays ont engagé plusieurs mesures destinées à rétablir leurs relations diplomatiques dans leur trajectoire historique.
Le président Tebboune a, de son côté, continué à qualifier le Mali de pays frère, tout en appelant au dialogue pour sortir de la crise. Le message est clair : malgré les divergences et les épisodes de tension, Alger ne souhaite pas rompre avec son environnement sahélien.
Le développement comme autre pilier de la stabilité
Pour l’Algérie, la sécurité ne peut être dissociée du développement. Les régions frontalières constituent ainsi un espace privilégié pour renforcer les échanges, développer les infrastructures et créer de nouvelles opportunités économiques. La logique est simple : plus les zones frontalières sont intégrées et développées, moins elles constituent un terrain favorable aux trafics, à la criminalité transfrontalière et aux groupes armés.
Le Niger représente à cet égard un partenaire particulièrement important. Outre les échanges commerciaux et les projets de développement, les deux pays ont des intérêts communs autour des grands projets énergétiques et d’infrastructures, notamment le gazoduc transsaharien, qui doit relier le Nigeria à l’Europe en passant par le Niger et l’Algérie. La relance des relations entre Alger et Niamey donne donc une nouvelle perspective à ce projet stratégique et plus largement à l’intégration économique de l’espace sahélo-saharien.
Une force de stabilité
L’Algérie entend ainsi continuer à jouer le rôle qu’elle revendique depuis plusieurs années : celui d’une force de stabilité dans son environnement immédiat. Le président Tebboune l’a encore affirmé en février dernier en déclarant que l’Algérie entendait demeurer une force de stabilité, notamment grâce à ses bonnes relations avec les pays voisins.
Dans cette nouvelle configuration, les épisodes de tension avec Bamako et Niamey semblent progressivement appartenir au passé. Il ne s’agit pas pour autant de prétendre que toutes les divergences ont disparu. Mais le choix politique paraît désormais clairement orienté vers le pragmatisme : préserver les canaux du dialogue, renforcer la coopération sécuritaire, développer les échanges économiques et éviter que les différends bilatéraux ne se transforment en crises régionales.
Pour l’Algérie comme pour le Mali et le Niger, l’équation est finalement la même : aucun de ces pays ne peut durablement prospérer dans un environnement régional instable. La nouvelle dynamique enclenchée avec Niamey et le rapprochement amorcé avec Bamako pourraient ainsi ouvrir une nouvelle séquence au Sahel : celle d’une coopération fondée davantage sur les intérêts communs que sur les divergences.
S.Mekla
